DÉTERMINISME
Principe philosophique d'après lequel tout ce qui existe dans la nature obéit à des lois rigoureuses. Dans son acception scientifique, il est conçu comme un principe d'après lequel les mêmes causes produisent les mêmes effets. Dans son acception originelle, le déterminisme est une catégorie philosophique, une notion dont les acceptions et/ou les sens varient selon les époques.
Selon qu'on se situe dans l'une ou l'autre époque de l'histoire, il existe plusieurs arguments en faveur du déterminisme. L'argument classique connu de presque tous est la prédestination. Il a conquis l'histoire au cours du Moyen-âge. La prédestination stipule que Dieu est omnipotent et hors du temps. Il sait tout, et donc sait forcément ce qui arrivera demain. C'est lui qui aurait choisi la configuration initiale de l'Univers.
En des temps plus modernes, l'argument en faveur du déterminisme a subi un retournement décisif. Il a été fondé, non pas sur Dieu, mais sur la science. Selon l'argument scientifique du monde moderne, le développement de l'Univers, en particulier tout ce qu'il contient au cours du temps, est régi par des lois bien définies, auxquelles on peut accéder grâce à la recherche.
Ces lois permettent en principe de prédire l'avenir. Et c'est là le principal intérêt du déterminisme.
L'article de Balibar et Macherey (Cf. Id., «Déterminisme», in Encyclopaedia Universalis, ... ) nous donne quelques éclaircissements sur les différentes acceptions du déterminisme.
Le déterminisme évoque l'idée d'ordre, de loi, de nécessité, d' inévitabilité historique ou fatalisme, etc. Il se résume par l'idée d'un ordre immuable et permanent dans l'enchaînement logique des phénomènes, en particulier dans leurs relations. De tous ces concepts-satellites, l'idée d'ordre s'est imposée comme étant l'une des notions particulièrement élucidantes de l'idée de déterminisme. Que l'on me comprenne bien : La notion d'ordre, au sens où l'entend E. Morin ne s'identifie pas au déterminisme. Elle en est une des composantes fondamentales, avec la particularité d'être enrichissante. Ainsi, transformé en problème de l'ordre de l'Univers, le déterminisme s'est enrichi en signification. L'idée d'ordre est plus riche que l'idée de lois, car
" Elle nous permet de comprendre que les contraintes, invariances, constances, régularités dépendent de conditions singulières ou variables ". (E. Morin, Q.d., p. 83 ).
De la genèse de l'Univers à la formation des espèces vivantes, nous voyons intervenir des conditions singulières ou variables, parfois marginales en ce qui concerne l'évolution biologique. Par exemple, notre planète doit sa formation d'abord aux interactions physiques, c'est-à-dire électromagnétiques, gravitationnelles et nucléaires qui ont accompagné et suivi l'apparition des particules.
La science devient déterministe lorsqu'elle tente de s'identifier à quelque chose comme une instance de «Promulgation des lois de la nature, de la société, de l'histoire».
(Querelle du Déterminisme, p. 80 ).
Le postulat sous-jacent du déterminisme scientifique universel est que tout le réel est, à terme, algorithmisable. Ceci, même si, et surtout dans les cas où la difficulté à trouver l'algorithme-type prend beaucoup de temps.
Le développement des sciences physiques et biologiques a provoqué depuis maintenant plus d'un siècle une remise en question radicale du déterminisme mécanique absolu de Newton et Laplace. La découverte, par Erwin Schrödinger et Werner Heisenberg, de la théorie quantique, a mis sur le devant de la scène scientifique le questionnement sur l'incertain, l'imprédictible, l'aléa, le désordre, etc. Ainsi, en un siècle, " L'idée du déterminisme s'est corrélativement assouplie et enrichie. A l'idée de lois souveraines, anonymes, permanentes, guidant toutes choses dans la nature s'est substitué l'idée de lois d'interactions, c'est-à-dire dépendant des interactions entre corps physiques qui dépendent de ces lois.
Ainsi, la gravitation ne commande pas aux corps matériels : elle commande les relations entre corps matériels, et, sans corps physiques, qui avant leur constitution, n'avaient pas de lois gravitationnelles. Plus encore : le problème du déterminisme est devenu celui de l'ordre de l'Univers. L'ordre signifie qu'il n'y a pas que des «Lois», mais des contraintes, invariances, constances, régularités dans notre univers... ".
(E. Morin, «Le dialogue de l'ordre et du désordre», dans «La Querelle du déterminisme», pp. 83-sq. )
Récusant le dogmatisme scientifique véhiculé par le déterminisme universel, Edgar Morin essaie de concevoir l'association et la coopération de l'aléatoire et du déterminisme. Il dégage ainsi l'importance des facteurs d'ordre qui interviennent dans toute organisation, et propose une vision moderne de l'organisation : celle qui conçoit la conjonction de l'ordre et du désordre, sans préjuger de la prééminence ou de l'antériorité de l'un sur l'autre.
(E. Morin, M.I., p. 75, Querelle du déterminisme, p. 81 ).