DOCTRINE
Ce concept est issu du mot latin «doctrina» (enseignement, instruction, savoir, etc.).
Il recouvre, au sens primitif, l'idée d'enseignement ou d'instruction. Puis, lorsqu'on a
découvert la " Vérité ", on veut la faire entendre aux autres grâce à une méthodologie appropriée.
Le concept de " Doctrine ", connaît ainsi une certaine mutation sémantique et prend le sens de
" Ce qu'on enseigne ". Comme tout enseignement porte généralement (à tort ou à raison) l'étiquette de la Vérité ", toute doctrine se transmet sous forme de vérité, par allusion (implicite certes) à la vocation même de la recherche (quelle qu'elle soit), qui est la découverte de la vérité.
Ainsi, on peut parler de doctrine en matière de théologie, de philosophie ou de science.
Par exemple, la doctrine de Marx se présentait comme étant la plus scientifique de toutes les doctrines existantes, avec une option de démonstration et de vérification quasi scientifique.
On sait à quelles turpitudes elle a mené, et quelles dangereuses idioties elle a induit.
Considéré dans cette acception générale, la doctrine implique toujours l'idée d'un :
" Corps de vérités organisées, solidaires, et même le plus souvent liées à l'action.".
(A. Lalande, V.T.C.P., p.244).
Elle ne se présente donc jamais comme une assertion isolée ou une pure théorie.
Cependant, la généralisation de l'idée de doctrine en matière de science, de philosophie ou de théologie ne doit pas masquer les différences notables qui existent entre science et doctrine, tant il est vrai qu'une science peut prendre une forme doctrinaire, sans pour autant perdre sa scientificité. Peu importe que cette dernière subisse une quelconque altération, une baisse de qualité ou des revers dus aux facteurs écologiques. On reconnaît d'ailleurs qu'il n'existe, à ce jour, aucune science pure, aseptisée de toute erreur. Karl Popper a eu le grand mérite de démontrer qu'une science (théorie) qui croit être à l'abri de l'erreur est probablement la plus erronée de toutes. Selon la théorie de Karl Popper, aucune théorie n'est définitivement vraie. Toute théorie plausible est proche de la vérité, jamais égale à cette dernière. Aucune théorie ne peut prétendre à la vérité si elle ne dispose pas de la capacité à résister aux tests fréquents, sévères et rigoureux, tendant à en démontrer la fausseté. C'est à ce niveau que se dessine la ligne de démarcation entre science et doctrine.
Science et doctrine sont donc différentes, parce qu'elles ont des fins différentes : là où la science constate et explique, la doctrine juge et prescrit... La doctrine a besoin des lignes simples et de partis pris tranchés. (A.Lalande, Ibidem).
Du mot doctrine on conserve surtout l'acception primitive dérivée en une " Instruction acquise", des " Connaissances possédées ", et ne pouvant subir aucune altération, aucune modification. Alors que la science procède par démonstration et explication, la doctrine n'explique ni ne démontre ce qu'elle affirme de l'intérieur. Elle se clôt sur elle-même et n'admet aucune idée étrangère à son système. Cet aspect de clôture est caractéristique de la doctrine. C'est pourquoi
E. Morin le retient comme étant l'élément-clé de la définition de ce concept.
Ainsi, E.Morin appelle doctrine, " Tout système d'idées qui se clôt sur lui-même et se ferme à tout ce qui le conteste de l'extérieur. Un tel système ne peut " Digérer ", les idées ou données qui lui sont contraires (ou étrangères) ; il les rejette comme s'il y était allergique ".
(E. Morin, Science avec conscience, Paris, Fayard, 1982, nouvelle édition, 1990, p. 158).
La doctrine appartient à l'univers des systèmes théoriques. Ce qui la caractérise, c'est l'idée de
" Clôture ". En effet, la doctrine se referme et trouve sa preuve une fois pour toutes dans sa source qui devient ipso facto dogme, contrairement à la théorie qui, elle, reste ouverte et accepte de risquer sa propre mort dans la réfutation (Cf. supra, Karl Popper).