ENTROPIE
Notion thermodynamique qui désigne une certaine quantité qui, dans un système physique, mesure la dégradation de l'énergie dudit système, et, à terme, son degré de désorganisation.
Cette notion a été introduite par Rudolf Clausius, physicien allemand du XIXème siècle, dans la formulation du second principe de la thermodynamique. Ce dernier introduit l'idée de dégradation de l'énergie calorifique dans tout système physique effectuant du travail ou des transformations.
Selon le premier principe de la thermodynamique, tout système physique doit être conçu comme un système fermé. Ce dernier fonctionne grâce à l'énergie qui y est contenue.
Cette énergie est une entité indestructible dotée d'un pouvoir polymorphe de transformations, c'est-à-dire susceptible de se transformer d'une forme d'énergie en une autre.
Par exemple, l'énergie mécanique peut se transformer en énergie électrique, chimique, etc.
Il en va de même pour toutes les autres formes d'énergie (m.i. NN. , p. 34 ).
Le second principe de la thermodynamique marque à la fois une rupture et une transformation quasi complète du premier principe, en stipulant " Qu'alors que toutes les autres formes d'énergie peuvent se transformer intégralement de l'une en l'autre, l'énergie qui prend forme calorifique ne peut se reconvertir entièrement, et perd donc une partie de son aptitude à effectuer un travail.
Or toute transformation, tout travail dégagent de la chaleur, donc contribuent à cette dégradation. Cette diminution irréversible de l'aptitude à se transformer et à effectuer un travail, propre à la chaleur, a été désignée par Clausius du nom d'entropie ". ( M.I.NN., p. 35 ).
Les systèmes dont traite la thermodynamique dite «classique», sont organisationnellement <<clos>>, c'est-à-dire non alimentés en énergie extérieure. Dès lors, toute transformation les concernant s'accompagne d'un accroissement d'entropie.
Or, selon le second principe de la thermodynamique, un tel accroissement d'entropie correspond à une dégradation irréversible de l'énergie jusqu'à un certain maximum.
Comme les systèmes physiques dont il est question en thermodynamique sont organisationnellement clos, leur entropie irréversible atteint un état dit d'homogénéisation ou d'équilibre thermique correspondant en fait à la disparition de l'aptitude au travail et à la transformation.
Les organismes végétaux et animaux possèdent une capacité intrinsèque de mesurer le temps et de s'organiser en fonction de cette mesure ".
(E. Morin, La Méthode, Tome 2 La vie de la vie, Paris, Seuil, 1980, p. 26).
" Un nombre extrêmement élevé de rythmes circadiens a été répertorié à ce jour dans une grande diversité d'unicellulaires et de pluricellulaires, à tous les niveaux de l'organisation biologique, tant moléculaire, cellulaire et organique que, par-delà l'organisme individuel, au niveau de la population et de son comportement écologique et social ".
(Queiroz, O., " Horloges biologiques ", Courrier du CNRS, 28, 1978, p. 22, repris dans E. Morin, op. cit., p 26).
" Ainsi donc, l'ordre du système solaire ne fait pas que commander les grands cycles de la biosphère. Les cycles cosmophysiques sont à l'intérieur de chaque individu vivant.
Et le propre de l'éco-organisation est de constituer une poly-horloge entre-accordant la grande horloge astro-géophysique et les innombrables micro-horloges vivantes. Il se constitue ainsi un grand cycle éco-organisateur, totalement physique et totalement biologique, fait de la conjonction / synchronisation des cycles géoclimatiques, atmosphériques, biosphériques et des myriades de microcycles individuels s'entre-conjuguant et s'entre-synchronisant les uns les autres. Et cette périodicité multiforme déclenche, contrôle, rythme toutes les activités fondamentales des êtres vivants : se nourrir, se reposer, se reproduire... L'univers animal est lui-même sous la gouverne conjuguée de la grande horloge géocosmique, des horloges végétales et des horloges individuelles, aussi bien dans les actions quotidiennes que dans l'activité sexuelle, la naissance, la croissance, le développement et même, parfois, la sénescence et la mort.
Les sociétés humaines enfin, loin de s'en détacher, construisent leur ordre temporel sur l'ordre cosmique et les grands cycles écologiques. Les sociétés archaïques s'organisent en
" Microcosmes " à l'image de leur vision du " Macrocosme ", et s'appliquent à inscrire leur rythme organisationnel sur celui de leur éco-organisation. Les sociétés historiques, dès leur origine, établissant le calendrier du ciel pour y régler le calendrier des hommes, organisent leur temps sur le modèle astral, jurent obéissance aux lois et décrets du Soleil et de la Lune divinisée dont l'ordre, à la fois réel et mythique, devient l'armature de l'organisation sociale ".
(E. Morin, op. cit., pp. 26-27).
De plus, nous savons que chaque individu contient la totalité de l'information génétique de l'espèce, chaque homme porte en lui, à travers son parler, ses manières, ses allures, la quasi-totalité de l'information de sa culture, de sa société, de son " Coin ". C'est ainsi qu'on reconnaît la différence entre des individus des cultures différentes. Le principe classique : " Il n'y a de science que du général ", nous dit que seul le tout en tant que tout existe et les parties y sont contenues ; c'est la vision simplifiée du principe hologrammatique. La vision complexe nous dit que non seulement la partie est dans le tout, mais le tout est dans la partie. Ce principe, avons-nous dit, est présent dans le monde biologique, comme en témoigne la cellule qui contient la totalité de l'information génétique de l'organisme.
Notons que l'idée d'hologramme dépasse et le réductionnisme qui ne voit que les parties, et le holisme, qui ne voit que le tout. Cette idée est capitale dans la pensée complexe. C'est pourquoi Edgar Morin ne cesse, et cela de toute nécessité et avec raison, de ressasser, mieux de rappeler la très géniale réflexion de Pascal sur la complexité de la relation entre le tout (le système pour nous) et ses parties : " Toutes choses étant causées et causantes, aidées et aidantes, médiates et immédiates, et toutes s'entretenant par un lien naturel et insensible qui lie les plus éloignées et les plus différentes, je tiens impossible de connaître les parties sans connaître le tout, non plus que de connaître le tout sans connaître particulièrement les parties ".
(Pascal, B., Pensées, Préface et introduction de Léon Brunschvicg, 1972, pp. 33-34 ).
De même que l'esprit, chez Descartes, est entier en chaque point de la chaîne des raisons, l'hologramme permet de comprendre que le tout est présent en chacune des parties le constituant
(Daniel Bougnoux, " Le complexe d'Edgar ", in Arguments pour une méthode, colloque de Cerisy, autour d'Edgar Morin, Paris, Seuil, 1990, p. 25 ).
Le tout est dans la partie qui est dans le tout : cela est de toute évidence dans la relation anthropo-sociale : dès l'enfance, la société en tant que tout entre en nous à travers, d'abord les premières interdictions et les premières injonctions familiales : de propreté, de saleté, de politesse et puis les injonctions de l'école, de la langue, de la culture. L'entreprise a ses règles de fonctionnement, et à l'intérieur d'elle jouent les lois de la société tout entière.
La merveille de la vision hologrammatique, c'est que " Chaque point de l'objet hologrammé est "mémorisé" par l'hologramme tout entier, et chaque point de l'hologramme contient la présence de l'objet dans son entier ou presque. Ainsi, la rupture de l'image hologrammatique détermine, non des images mutilées, mais des images complètes, devenant de moins en moins précises à mesure qu'elle se multiplient. L'hologramme démontre donc la réalité physique d'un type étonnant d'organisation, où le tout est dans la partie qui est dans le tout, et où la partie pourrait être plus ou moins apte à régénérer le tout.".
(E. Morin, La Méthode, T. 3 La connaissance de la connaissance, p. 101).
En généralisant le principe hologrammatique, Gérard Pinson introduit la problématique hologrammatique dans de multiples domaines, théoriques et pédagogiques, et apporte, qu'il le veuille ou non, une contribution pionnière à l'élaboration du paradigme de la complexité.
En intégrant cette généralisation, Edgar Morin effectue une ouverture de l'organisation vivante, de la complexité de l'organisation cérébrale et socio-anthropologique à la cosmologie. La généralisation du principe hologrammatique est une nécessité qu'impose l'organisation complexe du tout (holos), laquelle nécessite " L'inscription (engramme) du tout (hologramme) en chacune de ses parties pourtant singulières ; ainsi, la complexité organisationnelle du tout nécessite la complexité organisationnelle des parties, laquelle nécessite récursivement la complexité organisationnelle du tout. Les parties ont chacune leur singularité, mais ne sont pas pour autant de purs éléments ou fragments du tout ; elles sont en même temps des micro-tout virtuels.
D'où la richesse des organisations hologrammatiques :
A) Les parties peuvent être singulières ou originales tout en disposant des caractères généraux et génériques de l'organisation du tout ; ce qui se manifeste chez les individus dans une organisation démocratique où la liberté d'expression, d'opinion, ont comme substrat organisationnel ou principe animateur l'observance des règles du jeu, c'est-à-dire le respect de la loi commune.
B) les parties peuvent être douées d'autonomie relative ; Effectivement, car dans l'organisation vivante la cellule dispose d'une certaine autonomie d'organisation malgré sa dépendance à l'ensemble de l'organisme.
C) elles peuvent établir des communications entre elles et effectuer des échanges organisateurs ; Ce qui se manifeste clairement dans le rapport entre des individus appartenant à des partis différents. Les discussions menées entre eux sont des formes de communication qui peuvent aboutir à des échanges d'idées, à des modifications des tendances de chaque système en fonction des critiques de l'a autre système.
D) Elles peuvent être éventuellement capables de régénérer le tout. Une société en désarroi peut retrouver sa vitalité grâce à l'action de quelques individus. C'est ce que nous voyons dans les
systèmes communistes de l'Est ou l'entreprise de quelques citoyens
(Gorbatchev, Eltsine, etc.) tendent à régénérer le tout (c'est-à-dire la société menacée de désintégration).
Pour conclure, disons que " Dans l'univers vivant, le principe hologrammatique est le principe-clé des organisations polycellulaires, végétales et animales ; chaque cellule y contient l'engramme génétique de tout l'être ; chaque cellule demeure singulière, justement parce que, contrôlée par l'organisation du tout (elle-même produite par les interactions entre cellules), une petite partie de l'information génétique qu'elle contient s'y exprime ; mais elle demeure en même temps porteuse des virtualités du tout, qui pourrait éventuellement s'actualiser à partir de ces virtualités ; ainsi il serait possible de reproduire par clonage l'être tout entier à partir d'une cellule même extrêmement spécialisée ou périphérique de l'organisme. C'est en fonction de cette aptitude que les êtres polycellulaires produisent des cellules singulières spécifiquement vouées à reproduire le tout : les germes, graines, et, merveille hologrammatique, l'œuf, à partir duquel se forme l'être tout entier. La poule contient l'œuf qui contient la poule.
En ce qui concerne le cerveau, on peut déjà remarquer que le principe hologrammatique se trouve présent dans la relation du neurone à l'organisme, puisqu'un neurone, comme chaque cellule, détient l'information génétique de tout l'organisme : l'organisme est dans le neurone qui est dans l'organisme.
Il n'en va pas de même pour la relation cerveau / neurone, où l'idée stricto sensu d'hologramme semble ne pas convenir ; on peut toutefois, comme avait fait Lettwin constatant qu'un même neurone peut accomplir simultanément des opérations différentes ayant trait chacune à des circuits différents, reconnaître l'inadéquation de tout modèle linéaire et évoquer l'idée leibnizienne de " Monade ", unité première qui, d'une certaine façon, contient-le tout qui la contient".
(E. Morin, La Méthode, Tome 3 La connaissance de la connaissance, pp. 102-103).
Comme le pense Françoise Bianchi, le principe hologrammatique n'est nullement une prétention à la saisie du système dans sa totalité, ni une réduction de la totalité à ses parties. Elle est plutôt une visualisation de la relation de la partie au tout, du tout à la partie, un effort d'élucidation de la nature de cette relation. Loin de nous égarer dans des considérations théoriques et purement désincarnées, ce principe nous incite à penser nos rapports à la société (en tant que tout), d'en percevoir les zones d'ombre, enfin, de changer ces rapports en tenant compte de la complexité anthropo-sociale illustrée dans le principe systémique selon lequel le tout est dans la partie qui est dans le tout.
" Le principe d'organisation hologrammatique nous permet de concevoir la singularité de l'individu qui est dans le tout, par rapport aux autres individus et par rapport au tout ".
(E. Morin, Arguments pour une méthode, p. 266 ).