META - POINT DE VUE
" Aptitude réflexive propre à l'esprit humain, qui permet que toute représentation, tout concept, toute idée puisse devenir objet possible de représentation ".
(E. Morin, La Méthode, Tome 3. La connaissance de la connaissance, Paris, Seuil, 1986, p. 17).
Aptitude de la connaissance scientifique à traiter objectivement les organes et processus neuro-cérébraux qui concernent la connaissance. Ainsi, l'esprit peut devenir objet de représentation pour lui-même. Le méta-point de vue permet l'auto-considération critique de la connaissance, tout en enrichissant la réflexivité du sujet connaissant. Il permet de concevoir le sujet connaissant comme objet de sa connaissance sans pourtant cesser d'être sujet. De la sorte, on peut introduire le sujet connaissant comme objet de la connaissance et considérer objectivement le caractère subjectif de la connaissance. Le méta-point de vue est une connaissance seconde de tous les phénomènes et domaines cognitifs, une seconde pensée réflexive portant sur la pensée, et, à ce titre, il considère le système en question comme système-objet. "Ainsi, les règles, les principes, les paramètres, le répertoire, la logique, les paradigmes qui régissent notre connaissance peuvent-ils devenir objets d'examen pour une connaissance de second degré, laquelle dispose alors de concepts portant sur les concepts, de catégories portant sur les catégories, etc.". (Ibidem, p. 17).
L'idée de méta-point de vue, qui est liée à la problématique fondamentale de la connaissance de la connaissance, émerge avec la " Révolution copernicienne", d'Emmanuel Kant qui fait de la connaissance l'objet central de la connaissance. Selon Kant, le méta-point de vue permet d'examiner les conditions, possibilités et limites de la connaissance. L'épistémologie génétique piagétienne pose le problème de l'articulation de la connaissance dans le sens d'une connaissance de la connaissance. Elle rejoint dans ce sens l'idée morinienne du méta-point de vue.
La problématique du méta-point de vue émerge donc d'abord sur le terrain philosophique, puis s'étend progressivement aux autres domaines du savoir dont les développements des neuro-sciences, des psychologies cognitives, de l'histoire et de la sociologie de la connaissance.
Dans la relation entre l'épistémologie et les sciences cognitives, il y a la nécessité d'un méta-point, car pour les sciences cognitives, l'épistémologie est une des sciences qu'elles embrassent, et pour l'épistémologie, les sciences cognitives sont l'une des sciences qu'elle examine. Accéder au méta-point de vue de la connaissance de la connaissance, c'est essayer d'établir une relation récursive entre ces deux points de vue antagonistes, celui des sciences cognitives considérées comme objet de l'épistémologie, et celui de l'épistémologie considérée comme objet des sciences cognitives. Le méta-point de vue permet à la connaissance de prendre conscience de ses conditions physiques, biologiques, anthropologiques, systémiques, logiques, linguistiques de production et d'organisation, et, par-là de reconnaître les servitudes qui pèsent sur la recherche du vrai, de mieux se vouer à la recherche du vrai, et, par-là, de s'émanciper relativement de ses conditions de formation. Elle réintroduit de façon décisive le problème épistémologique de la réintégration du sujet dans le savoir.
Par exemple, l'idée poppérienne selon laquelle la vérité serait une idée régulatrice qu'on ne peut atteindre, ne tient que comme méta-point de vue, un point de vue portant selon un point de vue ; car en affirmant qu'il n'existe pas de vérité ultime, Popper institue une vérité, mais seulement cette vérité porte un autre point de vue.
" Nous avons besoin de faire appel à l'auto-examen et à l'auto-réflexion pour essayer de considérer de façon critique notre site, notre statut, mieux / pire, notre propre personne ".
(E. Morin, op. cit., p. 22).
" De toute façon, dans la crise des fondements et devant le défi de la complexité du réel, toute connaissance aujourd'hui a besoin de se réfléchir, reconnaître, situer, problématiser. Le besoin légitime de tout connaissant, désormais, où qu'il soit et quel qu'il soit devrait être : pas de connaissance sans connaissance de la connaissance ". (Ibidem, p. 25).