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PRAXIS

 

E. Morin appelle Praxis l'ensemble des activités qui effectuent des productions, des transformations et des performances à partir d'une certaine compétence.

(E. Morin, La Méthode, Tome 1. La nature de la nature, p. 157 ).

 

Le mot " Praxis ", a une certaine consécration sémantique historique. Il a souvent été employé par Marx pour caractériser l'ensemble des activités productrices des vivres. C'est donc par le biais de Marx que ce terme fait  son entrée dans les sciences sociales, et se voit conférer une certaine historicité.

 

Est praxique précisément, chez Marx, l'activité humaine qui a pour but la découverte dans le monde des possibilités de vivre. La première caractéristique de la praxis chez Marx est son exclusivité humaine.

 

La plupart des interprètes de Marx n'ont fait que copier cette acception.

Il n'est donc pas surprenant que ce concept soit resté longtemps enfermé dans les rets d'un marxisme devenu, on ne peut plus, ennuyeux, en dépit des habillages et des patrons-modèles plus ou moins variés qu'on lui propose. La praxis dans l'acception marxienne du terme va initialement dans le sens de ce que E. Morin entend par ce terme, c'est-à-dire l'ensemble des activités productrices et transformatrices de la nature à partir de certaines compétences. C'est de cette acception qu'il est question dans certains passages des écrits de Marx, dont sa célèbre XIème thèse sur Feuerbach, à savoir que " Jusqu'à présent les philosophes n'ont fait que discourir sur le monde et/ou la société, alors qu'il s'agit principalement de le transformer ".

 

L'activité transformatrice de la nature, c'est cela que Marx nomme " Praxis ".

 

Si on en reste là, l'acception morinienne de la praxis est proche de celle de Marx.

Pourtant, il n'y a rien de tel, puisque dans son œuvre capitale,«le capital», Marx a truffé ses écrits des idées que ne partage sous aucune condition E. Morin. C'est par cette anse que nous prendrons œuvre épistémologique d'E. Morin pour mieux la démarquer d'avec œuvre sociologique de K. Marx.

 

Bien que cette méthode ne soit pas le principal objectif de ce travail, il faut reconnaître que pour certaines notions, l'escamotage de l'histoire peut conduire en droite ligne au tripatouillage extrêmement malencontreux. Il faut reconnaître qu'il n'a jamais été question d'un tel abus dans œuvre d'E. Morin. Nous n'avons donc aucune raison de marcher à contre courant.

 

On sait à quel type d'inconsistance a été confrontée l'œuvre sociologique de Marx, notamment lorsqu'il affirme que l'activité praxique a pour but ultime l'amélioration de l'existence prolétoï de la classe exploitée par la destruction du capitalisme, alors qu'il avait prétendu plus avant que le même capitalisme était indestructible, et la situation du même prolétariat inaltérable.

Inutile d'ajouter qu'il n'est pas question de telles inconsistances dans œuvre épistémologique d'E. Morin. Pour mieux étayer cette critique, on a intérêt à lire :

E. Morin, La Méthode, Tome 1., p. 157-sq. ; Id., De la nature de l'URSS, Paris, Fayard, 1983 ; Id., Introduction à une politique de l'homme, Paris, Seuil, 1969 ; et, à titre complémentaire, Karl Popper, La leçon de ce siècle, Paris, Ed. Anatolia, 1994 ).

 

Avec un tant soit peu d'attention, on aura remarquer que l'activité praxique à la Marx comporte non seulement des persistances paradoxales, mais aussi un caractère vengeur. Alors même que chez Marx la praxis concerne seulement les activités humaines ayant pour objectif principal le retournement de la situation sociale, c'est-à-dire la destruction du capitalisme.

Chez E. Morin, " La praxis concerne des actions qui ont toujours un caractère organisationnel ".

(E. Morin, M.I., p. 157 ). C'est pourquoi il qualifie de systèmes praxiques " Ceux dont l'organisation est active ". (Ibid., et « organisaction »).

 

Afin de restituer à la notion d'être-machine son sens premier, c'est-à-dire son fondement physique archaïque, il prend et la compétence et la praxis comme notions premières (Cf. Supra, être-machine). Par cette signification, il donne à la notion de praxis une acception toute nouvelle, en tout cas inédite. Enfin, la praxis concerne, chez E. Morin, non seulement l'ensemble des activités qui se situent dans un contexte donné avec une finalité organisationnelle, mais aussi les interactions entre actions ou activités guidées par des stratégies cognitives, et les conditions rétroactives du milieu.

 

Au lieu de nous restituer dans le contexte marxien comme n'ont cessé de le faire les honorables adulateurs de Marx, E. Morin nous plonge dans une perspective systémique inédite.

Aussi la praxis  au sens morinien du terme ne concerne pas seulement les hommes et leurs machines artificielles, comme nous l'ont  fait croire les valeureux marxistes, mais tous les êtres-machines, c'est-à-dire tous les êtres physiques organisateurs, de la bactérie aux individus de troisième type (Cf. individu), en passant par tous les écosystèmes existants.

 

Dans ce sens, E. Morin, fidèle à sa méthode de complexité non réductionniste, élargit l'horizon sémantique de la notion de praxis au-delà de l'acception communément admise, c'est-à-dire dans les sphères organisationnelles jusqu'à présent inconnues. Cela étant, la rénovation de la notion de praxis par E. Morin concerne non seulement les activités humaines, mais aussi celles de tous les vivants, de tous les écosystèmes, de tous les êtres physiques organisateurs comme les étoiles, les Soleils, etc. 

 

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