PROGRAMME
Séquence d'actions prédéterminées qui doit fonctionner dans des circonstances qui en permettent l'accomplissement. Si les circonstances extérieures ne sont pas favorables, le programme s'arrête ou échoue. Ou bien, cela signifie information codée ou arrangée selon un plan qui contrôle, par les contraintes, qui impose les processus ou les comportements, et les dirige vers des buts
(Cf. finalité, système téléologique, téléonomie). En d'autres termes, le programme est un ensemble d'instructions codées qui, lorsque apparaissent les conditions spécifiques de leur exécution, permettent le déclenchement, le contrôle, la commande par un appareil de séquences d'opérations définies et coordonnées pour arriver à un certain résultat
(Idem, La Méthode, Tome 2. La vie de la vie, p. 224).
Le programme est ce qui est inscrit à l'avance. Il constitue une organisation prédéterminée de l'action effectuant la répétition du même dans le même, c'est-à-dire donc, ayant besoin de conditions stables pour son exécution. Le programme ne présente que quelques avantages - notamment le fait qu'il permette une très grande économie, épargne toute réflexion, et rend possible le déroulement quasi-automatique de l'action - en dehors desquels il devient inopérant et très appauvrissant. Le premier danger du programme vient de l'idée même du programme. Ce dernier apparaît comme une idée claire, distincte et limpide dans le contexte cybernétique des machines des machines artificielles, signifiant une séquence conçue et introduite dans la machine, par l'homme, pour régler son fonctionnement.
Ainsi, enfermée dans la machine artificielle, l'idée de programme est restée longtemps inconnue et inconçue dans la machine vivante, sinon de façon réductrice et simplificatrice. Le saut de la machine artificielle à la machine vivante obscurcit et complexifie l'idée même de programme.
Par exemple, " On a pu assimiler les séquences inscrites dans l'ADN à un message formulé selon un code, constituant un programme. Effectivement, le patrimoine héréditaire est un quasi-message qui se transmet de génération à génération. Mais l'idée de message est un peu trop claire. Ici l'émetteur et le récepteur sont le même qui se dédoublent ; Le message est transmettant et transmis à la fois. Ce trop clair n'est pas si clair. Code ? Effectivement, un quasi-code émerge de la constitution d'un système à double articulation. Programme ? (...).Quel est ce programme qui vient, non de l'extérieur et du supérieur, mais de l'intérieur et de l'inférieur?
Quel est ce programme qui détermine, non des séquences d'action stéréotypées de façon rigide, mais des variétés aléatoires de comportement ?
Certains rejettent même le terme. Toutefois le mot programme n'est pas totalement impertinent : en termes statiques et selon un cadrage rétréci, tout se passe comme si à partir de l'information codée dans les gènes, émanaient, via l'ARN, des instructions extrêmement précises. Mais nous ne pouvons garder cette idée de programme qu'à condition qu'elle soit intégrée et non intégrante, dominée et non dominante, c'est-à-dire qu'elle soit conçue comme un aspect et un moment de la générativité informationnelle.
L'ensemble d'un génome représente plutôt une compétence organisationnelle d'où émanent des stratégies (...), à l'intérieur desquelles l'exécution des opérations ponctuelles prend un caractère programmatique, dans le sens où un programme prédéterminé ne varie sur des performances strictement stéréotypées. Alors, " Message ", " Code ", " Programme " semble bien refléter et traduire quelque chose de la générativité informationnelle.
"Mais ce qu'ils laissent dans l'ombre semble plus fondamental et fascinant que ce qu'ils éclairent".
(E. Morin, La Méthode, Tome 1. La nature de la nature, Paris, Seuil, 1977, coll. "Points", 1981, p. 325).
L'idée de programme n'est donc pas une idée simple. Son déploiement dans la vie courante nous la présente comme une réalité très ambivalente qui, dans son déroulement peut faire intervenir une stratégie pour atteindre son but.
Le programme n'improvise ni n'innove. Il ne peut subir qu'une dose faible et superficielle d'aléas et d'obstacles dans son déroulement, ne peut tolérer qu'une dose faible et superficielle d'erreurs dans son fonctionnement. Il nécessite donc contrôle et vigilance dans sa computation.