Retour 

RE

 

Préfixe signifiant : toujours, encore, à nouveau (exemple : réorganisation = organisation permanente, reprise, retour, re-création, etc. ).

«Re»,  nous renvoi à l'idée d'organisaction (organisation active), synonyme de réorganisation permanente

 

Une des caractéristiques principales des êtres-machines (étoiles, soleils, individus vivants, etc.) est de s'organiser en se réorganisant, " Dans et par la répétition des processus, le renouvellement des composants, le rétablissement de l'état stationnaire ou de l'homéostasie (cf. homéostasie). Toute organisation permanente est, en même temps, d'une part régénération permanente, dans le sens où il réinsouffle de l'être et de l'existence, d'autre part la récursion permanente, dans le sens où il produit ce qui est nécessaire à sa propre production".

(Cf. E.Morin, La Méthode, Tome 2 , La vie de la vie, p.333).

 

Donc, re polarise l'idée de répétition (redoublement et multiplication), de recommencement et de renouvellement, de renforcement, de réitération, de communication/connexion entre ce qui sinon serait séparé (comme dans relier, réunir)-(Cf. Ibidem ), de régénération, de récursion propres à l'organisation vivante. Il nous rappelle que l'organisation vivante est en même temps réorganisation permanente.

 

Dans sa nature physique, Re se présente comme "une catégorie fondamentale pour concevoir les machines naturelles (Cf. Machine/être-machine). Et c'est par la qualité du Re que se différencient machines naturelles et machines artificielles. Certes, ces dernières comportent de la répétition organisationnelle qui leur permet de produire en série des objets et produits ; (...).

 

Mais elles ne comportent que du RE phénoménal, jamais du RE -générateur. Elles ne sont pas réparatrices et reproductrices d'elles-mêmes : elles sont produites et reproduites par l'homme.

Le fossé ontologique Nature/Artefact est là : d'un côté le RE concerne l'être, l'existence, le soi ; de l'autre RE ne concerne que des productions d'actions, d'effets, d'objets ".

(Ibidem, p.334).

 

Le caractère biologique du RE se manifeste dans et par l'entretient et le maintient de l'homéostasie corporelle, dans et par le maintient et l'entretient des formes et structures du corps. L'heureuse trouvaille de la biologie moléculaire, selon laquelle les cellules de notre corps se détruisent, meurent par milliards à chaque seconde est la porte d'entrée à la conception et à la compréhension du RE, en tant que préfixe central, catégorie fondamentale de l'organisation vivante.

 

Une fois encore, la différence entre machine naturelle (y compris vivantes bien sûr) ne peut ici qu'apporter de l'eau au moulin. Les machines artificielles ne sont pas auto-organisatrices (il faut entendre par-là qu'elles ne sont ni productrices-de-leur-organisation, ni régénératrices de cette organisation). Elles reçoivent un programme de l'extérieur, de leur fabricant qu'elles exécutent "fidèlement". Leur activité n'est pas intense (car, elles peuvent arrêter de tourner pour recommencer leur fonctionnement plus tard). Elles ne sont donc pas actives (au sens entendu dans organisaction ).

 

Par contre, à la différence de ces machines, la machine vivante ne reçoit aucun ordre de l'extérieur. Elle ne peut arrêter de "tourner ", sous peine de mourir, de se décomposer

(Bien sûr, irréversiblement, c'est-à-dire sans se reconstituer à nouveau).

 

La machine vivante est donc active, constamment active. L'organisme vivant, grâce au processus de RE-génération, de RE-organisation permanente, maintient son homéostasie, ses structures, ses formes.

 

Dans l'espace de deux ans, un organisme humain renouvelle pratiquement toutes ses cellules. Donc, dans l'espace de deux ans un organisme vivant n'est plus du tout ce qu'il était.

 

Et pourtant, il continue à vivre, à fonctionner "comme si de rien n'était". C'est grâce aux battements de cœur, à la respiration, à la nutrition que la stabilité de l'organisme vivant est maintenue.

 

Car, " chaque battement de cœur, chaque souffle du poumon constituent à la fois nutrition et détoxification, c'est-à-dire une régénération, laquelle permet la réorganisation permanente à l'échelle cellulaire/moléculaire et, sans cette régénération/réorganisation, le corps commencerait irréversiblement sa décomposition. C'est dire que cette merveille d'invariance et de stabilité qu'est l'organisme doit être à chaque instant recommencée et dépend d'un processus cyclique réitératif, répétitif, régénérateur, réorganisateur ".

(Ibidem, p.334).

 

RE est partout, c'est-à-dire dans toutes les organisations vivantes. RE est présent dans notre esprit, car ce que nous appelons idées, stratégies, représentations, pensées, rêveries, rêves nécessitent de la remémoration, tout phénomène de conscience est un retour subjectif/objectif sur soi". (Ibidem, p.335).

 

RE est radical, c'est-à-dire que sa nécessité est inscrite à la racine de toute organisation vivante, dans tout processus d'auto-organisation. Nous l'avons déjà dit, à chaque seconde la destruction  ou l'autodestruction qu'entraînent de façon ininterrompue chaque parcelle d'existence et chaque processus d'organisation, exige, appelle une auto-reconstitution, une auto-reconstruction.

 

"A chaque instant, partout, toujours, un travail inouï de recommencement, mettant en œuvre des Sisyphes par milliards de milliards, réalise en nécessité biologique ce qui physiquement est très

important de souligner que la répétition dont il est question ici n'a rien de la répétition machinale, c'est-à-dire fabricatrice propre aux machines artificielles. Nous savons que ces machines fonctionnent en répétant la même chose, c'est-à-dire en fournissant le même produit, à travers le même processus.

 

Mais, " Il ne faut pas concevoir le RE comme répétition à la manière des machines artificielles, qui fabriquent du même - standard - à l'image d'un prototype, ou qui multiplient les copies d'un message, comme dans l'imprimerie, la radio, la télévision. Dans la vie, du même au même, il y a mouvement, travail, génération, mobilisation des puissances computantes/organisatrices, création d'un être, d'une existence.

 

Le RE se fonde certes sur la répétition, mais la réduction à la répétition aplatit irrémédiablement la complexité du RE. Celle-ci doit au contraire se fonder sur la récursion générative/régénérative/organisatrice/réorganisatrice, qui comporte des processus thermodynamiques, des interactions chimiques, des activités computationnelles/ informationnelles/communicationnelles d'une complexité extrême.

 

 

Le RE n'est plus conçu comme mécanique répétitive, il apparaît comme à la fois coproducteur et coproduit de tout ce qui vit".

(Ibidem, p.339).

 

Selon le second principe de la thermodynamique, tout être qui produit du travail dégrade son énergie, a besoin de renouveler son énergie pour maintenir son homéostasie.

(Cf. homéostasie).

 

Or, le processus de recharge énergétique est un processus par lequel l'être vivant rétablit son homéostasie. Le «re», ne fait pas que colmater la brèche qui caractérise toute organisation (vivante ?). C'est-à-dire la dissipation ou dégradation ininterrompue et irréversible de l'énergie. Il instaure aussi, dans le temps irréversible, un temps rotatif, un temps réitératif, et, éventuellement, un temps progressif. Le préfixe «re» change tout son statut quand il s'agit de l'organisation vivante. Il passe du niveau de la syntaxe au niveau paradigmatique, et devient, de préfixe qu'il était, un paradigme. Le «re» est nécessaire à tout développement, à tout épanouissement de la vie. Il exprime l'idée que toute vie est de nature récursive (Cf. principe récursif), génératrice, productrice.

 

Le «re», c'est le re-commencement qui caractérise toute organisation vivante, c'est le mouvement spiral par lequel l'organisation se maintient, la vie s'organise. Le «re» est donc

un préfixe de caractère paradigmatique, de nature à la fois physique et biologique.

 

RE manifeste la RE-organisation, la RE-production et la RE-génération, à travers ses caractères machinaux (Cf. machine / être-machine), c'est-à-dire organisateurs, producteurs, générateurs.

La réorganisation permanente est indispensable pour concevoir tout être-machine naturel.

"Donc tout être vivant dispose de qualités et propriétés supérieures, (...) d'une mémoire génétique, d'un computo auto-centrique, d'aptitude à réparer-restaurer les composants dégradés ou lésés (y compris de l'ADN). La régénération est la réorganisation sur le plan de l'être et de l'existence. La reproduction, elle, se situe à de multiples niveaux : niveau intra-organismique (re-production des constituants qui se dégradent (molécules, cellules) ; niveau intra-spécifique (reproduction des individus appartenant à une espèce) ; niveau intra-social (reproduction des processus et individus constitutifs d'une société)". ( Ibidem, p.337).

 

Les qualités de répétition, réorganisation, reproduction, régénération sont indissociables de la re-mémoration praxique, puisque la reproduction d'un individu se fait à partir de la mémoire génétique, et de la re-mémoration psychique, là où il y a appareil neuro-cérébral.

RE est réflexif, c'est-à-dire que les activités organisatrices, productrices et mémorisatrices de tout être vivant passe par un appareil computant, en d'autres termes, un circuit réflexif auto-référent de soi-à-soi.

 

RE est rétroactif et, au-delà de la rétroaction, récursif. Tout processus de réorganisation est rétroactif, c'est-à-dire marqué par des schémas bouclés.

 

L'auto-organisation met en branle un processus actif où genos (dimension génétique ou interne), phenon (dimension phénoménale ou externe), oïkos (l'écosystème ou l'environnement) interagissent l'un sur l'autre, se nécessitent mutuellement, s'appellent constamment.

Genos influe sur phenon lequel influe sur genos, genos influe sur oïkos, lequel influe sur genos ; phenon influe sur oïkos, le quel influe sur phenon ; enfin, genos influe sur oïkos, lequel influe sur genos.

 

 

 

Autrement dit, le germen a besoin de soma (ensemble de cellules non reproductrices de l'organisme) pour reproduire les caractères héréditaires de l'organisme, et en retour, les cellules non reproductrices sont conditionnées par le germen. Un environnement trop hostile (par exemple trop désertique) influe nécessairement sur les cellules somatiques (phenon), lesquelles, une fois perturbées, peuvent soit engendrer la mort de l'organisme, soit l'empêcher de se reproduire (genos), soit encore causer la disparition de toute une espèce. L'évolution présente beaucoup d'exemples de ce genre. Il y a là une boucle de rétroaction qui caractérise en permanence l'organisation vivante.

 

Le caractère récursif (Cf. récursivité) du RE nous permet de concevoir " le caractère indissoluble de l'organisation et de la réorganisation au sein de l'auto-organisation : l'auto-organisation génère l'auto-réorganisation, qui génère l'auto-organisation ; l'organisation vivante est une organisation qui s'organise d'elle-même ; c'est une organisation qui s'organise d'elle-même parce que c'est une réorganisation qui se réorganise d'elle-même". (Ibidem, p.338)

 

La récursion va au-delà de la rétroaction parce que dans le processus d'auto-organisation, tous les ingrédients mobilisateurs (du processus ) n'influent pas seulement les uns sur les autres (comme l'éco-dimension influe sur phenon, lequel influe à son tour sur genos, puis, inversement, genos influe sur phenon), mais se nécessitent mutuellement dans leur processus de production.

 

La rétroaction est un schéma bouclé régulateur du processus, tandis que la récursion est un schéma bouclé indispensable à la production/reproduction du processus. C'est, encore une fois, dans la différence entre machine naturelle et machine artificielle que l'on voit la frontière existant entre rétroaction et récursion. Dans le fonctionnement de la machine artificielle, la rétroaction intervient dans le but de permettre à la machine de poursuivre son fonctionnement. La rétroaction est simplement régulatrice. Quand la machine s'arrête, la rétroaction disparaît. Par contre, dans le processus récursif, le produit du processus est indispensable à la continuation du processus, autrement dit dans le processus de ré-organisation, l'organisation produite est indispensable à la production du processus.

 

Le RE qui intervient dans la ré-organisation pour produire, relier et maintenir le processus organisateur, dont la déconnexion, au millionième de seconde près, causerait fatalement son propre arrêt (sa mort) irréversible. La récursion organisationnelle, c'est l'organisation se définissant de façon auto-référentielle, c'est l'organisation de l'organisation que E. Morin et

H. Von Foerster ont proposé de désigner systématiquement par le symbole de la boucle

Récursivité        Organisation.

 

Une fois identifiée comme processus auto-référentiel, l'organisation s'imprègne d'elle-même et devient un processus itératif : l'organisation de l'organisation de l'organisation. , ou encore l'organisation qui active, s'active et s'organise elle-même. " Dépendante et solidaire de ses environnements (environnements qu'elle relie, qu'elle produit, qu'elle maintient), elle s'en différencie par autonomisation en s'organisant elle-même (se produisant, se reliant, se maintiennent ou se régulant) ".

(Le Moigne, J.L., La modélisation des systèmes complexes, Paris, Dunod, 1990, p.76).

 

En matière d'exemples, la notion d'auto-(géno-phéno-égo)-éco-ré-organisation est très illustrée à la fois dans notre existence quotidienne, et dans tous les secteurs de l'organisation sociale. Ainsi, tout en nous rappelant notre subjectivité, qui s'affirme sur le plan de l'existence, de l'organisation et de l'action, autos nous permet de considérer l'autonomie, l'individu, le sujet non comme des notions métaphysiques, comme ce fut le cas dans la science classique, mais comme des notions qui peuvent trouver leur enracinement et leurs conditions physiques, biologiques, sociologiques d'émergence ; genos est la manifestation de notre unicité générique, autrement dit notre appartenance commune à l'espèce, la présence de l'ordre quasi cristallin de l'ADN, dont les structures sont d'une remarquable stabilité ; phenon est le trait caractéristique de notre existence singulière hic et nunc dans un environnement, de notre unicité individuelle, l'irréversibilité de la naissance à la mort, la métamorphose, le paraître, etc ; oikos (éco-organisation) nous rappelle que l'organisation vivante est, en même temps que fermeture, organisation d'une ouverture, échange avec l'environnement ou l'éco-système. Autos et oikos sont deux notions relatives.

Elles se définissent relativement l'une à l'autre et assurent chacune son existence propre dans son rapport à l'autre.

 

Une définition d'autos, quelque privée soit-elle, doit nécessairement comporter la relation écologique, c'est-à-dire qu'autos ne peut et ne doit être défini autrement que comme auto-éco-organisation.

 

De son côté, l'écosystème, tout en étant définissable de manière privée, doit comporter le renvoi relationnel et relatif aux individus, aux espèces, aux sociétés qui le constituent, autrement dit, il doit être défini comme éco-auto-organisation.

 

Ego nous rappelle le caractère égocentrique et solipsiste de notre computation.

Re polarise la répétition, la réplication, la duplication et le dédoublement de l'être tout entier.

La biologie moléculaire a découvert le merveilleux (mystérieux ?) mécanisme de renouvellement perpétuel des cellules vivantes chez l'être.

 

 Retour