RÉTROACTION (feed-back)
Modèle de régulation (Cf. régulation) caractérisée par un processus circulaire ou par des chaînes causales circulaires ; ou forme de régulation par laquelle une partie des produits d'une machine ou d'un système ("extrant" ou "output" ) est renvoyée à l'entrée comme information pour l' intrant ("input" ou ce qui entre dans la machine), ceci afin de stabiliser et de diriger l'action de la machine.
L'extrant va, en quelque sorte, "informer les décideurs de ce qui se passe en aval et donc leur permettre de prendre leurs décisions en connaissance de cause"
(Cf.Daniel Durand, La Systémique, Paris, PUF, "Que sais-je", 5ème édition refondue, 1992, p.15).
Exemple de schéma de rétroaction :
Le concept de rétroaction (ou feed-back ) est d'origine biologique. Il est introduit dans la science vers les années 3O, grâce aux travaux théoriques de Cannon (biologiste américain ) sur l'homéostasie (Cf. homéostasie). Il sera développé par Norbert Wiener, inventeur de la cybernétique (Cf. cybernétique ). Et c'est par cette porte qu'il fera sa véritable entrée dans l'étude des systèmes. La rétroaction est à l'origine un mécanisme propre au dispositif de contrôle d'une machine. Le processus de rétroaction tel que développé par Wiener et un mécanisme qui contrôle les opérations de fonctionnement d'une machine. Il est avant tout un processus de pilotage. Il émerge d'abord dans le domaine de l'aviation avant de s'étendre aux autres domaines (automobile, etc.).
Il semble important d'insister sur un point précis, à savoir que Norbert Wiener n'est pas l'inventeur du schéma de rétroaction. C'est plutôt Cannon qui introduit pour la première fois cette notion en biologie dans ses travaux sur le phénomène d'homéostase (Cf.homéostasie).
Comprenons-nous bien, Norbert Wiener n'introduit pas le mécanisme de rétroaction, mais la cybernétique (en 1948 ) dont le but sera d'étudier les phénomènes de rétroaction dans les machines et les organismes vivants. Les recherches qui sont à l'origine du concept de rétroaction dans son acception actuelle relèvent essentiellement du domaine de la technologie des calculateurs. A la suite de ses travaux sur les machines automatiques, Wiener développa le concept de rétroaction bien au-delà du domaine de la technologie. Ses études comparatives sur les machines et la neurologie l'amenèrent à généraliser la rétroaction aux domaines biologique et social.
Une vulgate scientifique a condamné la généralisation du phénomène de rétroaction dans les domaines vivant et social. Pourtant, les études approfondies sur les organismes vivants montrent que les mécanismes de rétroaction comparables aux servomécanismes de la technologie existent chez l'animal et le corps humain. Leur rôle est de régulariser les actions de l'organisme.
(Cf. Von Bertalanffy, op.cit., p.42).
Le mécanisme de rétroaction intervient dans presque tous nos mouvements. Par exemple, dans la coordination des actions dans le monde extérieur, il s'établit entre le système nerveux et l'environnement un cycle rétroactif. " Si nous voulons prendre un crayon, un rapport est fait au système nerveux central sur la distance qui nous a fait manquer ce crayon au début ; cette information est retournée au système nerveux central en sorte que le mouvement est contrôlé jusqu'à ce que le but soit atteint " (Ibidem).
Ce mouvement est typiquement un processus rétroactif.
Donc, aussi bien en technologie que dans la nature vivante, beaucoup de systèmes suivent le schéma de la rétroaction. Seulement, voilà, le schéma bouclé qu'est la rétroaction présente des limites certaines sur le plan de l'étude de la dynamique des systèmes.
En l'occurrence, le cycle rétroactif ne rend pas compte du comportement "téléologique" des systèmes. Il essaye de montrer, dans les rapports système-système ou système-environnement, les mécanismes de contrôle de la régulation du système, sans rendre compte des interactions dynamiques co-productrices du système.
C'est pourquoi E.Morin a introduit un principe qui va bien au-delà du schéma rétroactif :
Le principe de récursivité ou récursion organisationnelle (Cf. récursion), qui est un type particulier de régulation, fondée sur des interactions dynamiques entre le produit et son processus causateur, où le produit rétroagit sur son causateur (producteur), non pas seulement pour l'informer de ce qui se passe en aval du système (comme c'est le cas dans la rétroaction cybernétique), mais pour se mêler au producteur et redevenir, à terme, le processus causateur du système.
Dans la perspective de dénonciation des limites intrinsèques au modèle de recyclage rétroactif, on peut soulever une autre remarque. Cette dernière s'inscrit dans la différence entre systèmes ouvert et fermé. (Cf. système et thermodynamique).
Selon la théorie des systèmes ouverts, " Le modèle de la rétroaction est un système fermé du point de vue cinétique et thermodynamique ; il ne possède pas de métabolisme.
Dans un système ouvert l'accroissement d'ordre et la baisse d'entropie sont possibles thermodynamiquement. La grandeur «information » est définie grâce à une expression formellement identique à l'entropie négative. Cependant, à l'intérieur d'un mécanisme de rétroaction fermé, l'information ne peut que décroître, c'est-à-dire que l'information peut être transformée en «signal », mais pas le contraire"
(L. Von Bertalanffy, op.cit., p.154).
Avec un peu d'attention, on aura remarquer que je me suis évertué à employer le terme "recyclage" ou "cycle" là où j'aurai, peut-être, pu parler de rétroaction. Mon effort ne relève pas seulement d'ordre esthétique (je n'évite pas la répétition du mot "rétroaction" par vertu littéraire ou syntaxique), mais plutôt de la corroboration d'une remarque que je trouve très pertinente, bien que d'ordre sémantique, que soulève J.L. Le Moigne.
Cette remarque tient à la traduction du terme feed-back par rétroaction : "La traduction de feed-back par «rétroaction » est rarement pertinente, car un feed-back ne constitue pas par lui-même une action. C'est probablement parce que la plupart des feed-back que l'on peut considérer sont des feed-back informationnels que la traduction correcte du mot feed-back par le mot
« recyclage » ne s'est pas généralisée"
(Cf. J.-L. Le Moigne, La modélisation des systèmes complexes, Paris, Dunod, 1990, p.52).
Ainsi donc, le concept de rétroaction est aujourd'hui étudié dans un grand nombre de domaines, des sciences dites "dures" (sciences de la nature, sciences physiques et biologiques) aux sciences humaines et/ou sociales (économie, sociologie, anthropologie, politique, etc.).
Il connaît une expansion et une importance indiscutables dans le domaine de la communication, en particulier dans le développement des techniques de communication. C'est donc avant tout au fondateur de la Cybernétique qu'on doit une telle avancée.
Concept central de la théorie de l'information, de la communication et du contrôle, la rétroaction se présente comme un schéma bouclé caractérisant l'action d'une machine sur elle-même.
Dans une machine donnée, la rétroaction est la réaction de la grandeur de sortie de la boite noire de cette machine sur sa grandeur d'entrée selon un processus de bouclage.
Un exemple de rétroaction : dans un système donné, il y a un récepteur.
Ce dernier peut être un récepteur-radio, un thermomètre, un écran de radar contrôlant la circulation automobiliste ou piétonne, une cellule photoélectrique (dans les portes automatiques d'un supermarché) ou un organe de sens au sens biologique du terme (un œil, une oreille, etc.).
"Le message peut être un courant faible pour les appareils techniques ou une conduction nerveuse pour l'organisme vivant, etc. Ensuite on trouve un centre qui interprète les messages et les transmet à un réalisateur constitué par une machine comme un moteur électrique, une résistance ou un solénoïde, ou encore par un muscle ; Ce réalisateur répond au message, en sorte qu'il y a sortie d'une force de haute énergie.
Finalement le fonctionnement du réalisateur est retransmis au récepteur, ce qui rend le système auto-réglé, c'est-à-dire ce qui garantit la stabilité et la direction de l'action "
( Cf. Von Bertalanffy, L., Théorie générale des systèmes, Paris, Bordas, 1973, p.41).
(Cf. Schéma).
Le concept de rétroaction est d'une importance capitale dans l'étude des systèmes, (Cf.systémique), car le processus rétroactif semble être responsable d'un grand nombre de régulations.
Il existe deux types de rétroaction (ou feed-back) : la rétroaction positive et la rétroaction négative.
La rétroaction positive est l'accentuation, l'amplification ou l'accélération d'une déviance sur elle-même provoquant, à terme, la dislocation ou désintégration du système.
La rétroaction positive se déploie dans toute organisation sous le signe d'une désorganisation.
" Elle signifie que la désorganisation déploie et déchaîne la désorganisation. Ainsi,
nourrissant la déviance par la déviance, la rétroaction positive transforme d'abord la déviance en tendance, dont l'accroissement devient invasionnel, brise toute mesure et toute règle (Ubris), déferle (runway) et finalement désintègre et disperse ".
(E. Morin, La Méthode, Tome 1. La nature de la nature, p. 219).
Ainsi, par exemple : " La rupture dans la régulation spontanée de l'étoile déclenche une rétroaction positive qui aboutit à l'explosion en nova ou super nova ; la réaction en chaîne dans la bombe à hydrogène ; la décomposition d'abord lente puis s'accélérant en désintégration du cadavre après la mort ; la panique d'une foule ". (Ibidem ), sont des rétroactions positives.
La rétroaction négative se caractérise par l'annulation de la déviance, dès qu'elle apparaît dans le système, et par sa transformation en tendance. Par la suite la rétroaction négative réorganise le système en créant une nouvelle régulation.
Un grand nombre de phénomènes biologiques correspondent au modèle de rétroaction.
Par exemple, le phénomène appelé homéostase (Cf. homéostasie), qui consiste au maintien d'un équilibre dans l'organisme vivant.
Le prototype de l'homéostase est la thermorégulation chez les animaux à sang chaud
(Cf. Von Bertalanffy, L., op.cit., p.42).
La régulation des systèmes rétroactifs est fondée sur des arrangements préétablis (ou structures, au sens large du terme). L.Von Bertalanffy (op.cit., p.165 ), exprime cela par le terme allemand de «Regelmechanismen», ce qui montre clairement que les systèmes dont il s'agit ont une nature de «mécanisme », au contraire des régulations de nature «dynamique », qui elles résultent du jeu des forces et de l'interaction mutuelle entre les composants, et qui tendent vers un équilibre ou un état stable.
A l'intérieur du système à rétroaction, les suites causales sont unidirectionnelles.
Dans le fond, le schéma fondamental de rétroaction n'est que le schéma classique stimulus - réponse (S - R ) auquel la boucle de régulation a été ajoutée afin de rendre la causalité circulaire. Le schéma de rétroaction comporte, à part des avantages importants qu'on lui reconnaisse, des zones d'ombre et des brèches importantes que colmatent, entre autres, les idées d'E. Morin sur la récursion organisationnelle. Ceci dit, le modèle de rétroaction ne doit pas être considéré comme recouvrant toute la régulation physiologique et ne pas être identifié avec la «théorie des systèmes »". (Von Bertalanffy, op.cit., p. 189).
" Les mécanismes de rétroaction sont très utilisés par la technologie moderne pour la stabilisation de certaines actions, comme dans les thermostats ou les récepteurs-radio ; ou pour diriger une action vers un but, quand l'éloignement du but est retransmis comme information jusqu'à ce que le but ou la cible soit atteint. C'est le cas des missiles à tête chercheuse qui cherchent leur cible, des systèmes de contrôle de D.C.A., des gouvernails automatiques et de tout ce qu'on appelle des servomécanismes" (Ibidem ).