SYSTÈME
" Un système est une unité globale organisée d'interrelations entre éléments, actions ou individus ". (E. Morin).
La première notion que dégage Edgar Morin dans l'idée de «système» est la notion d'«interrelation des éléments». Par-là, il inscrit l'idée de relations mutuelles entre les éléments au cœur de l'examen de la notion de «système». Ensuite, vient la notion d'«unité» ou de «totalité» ou de «globalité». L'unité globale est constituée par des éléments en interrelation mutuelle.
Edgar Morin reconnaît que ces caractères généraux ont été indiqués par la plupart des définitions de la notion de systèmes depuis le XVIIème siècle jusqu'aux systémistes de la " General
Systems Theory ", définitions mettant tantôt l'accent sur le trait de totalité ou globalité, tantôt sur le trait relationnel. Elles se complètent et se chevauchent sans jamais vraiment se contredire. Un système est «un ensemble de parties», (Leibniz, 1666), «tout ensemble définissable de composants», (Maturana, 1972). Les définitions les plus intéressantes lient le caractère global et le trait relationnel : «un système est un ensemble d'unités en interrelations mutuelles».
(A system is a set of unities with relatioship among them) (Von Bertalanffy, 1956); c'est
«L'unité résultant des parties en mutuelle interaction», (Ackoff, 1960) ; c'est
«Un tout (whole) qui fonctionne comme tout en vertu des éléments (parts) qui les constituent». (Rapopport, 1968).
D'autres définitions nous indiquent qu'un système n'est pas nécessairement ni principalement composé de «parties», certains d'entre eux peuvent être considérés comme un
«Ensemble d'états», (Mesarovic, 1962), voire ensemble d'événements (ce qui vaut pour tout système dont l'organisation est active) ou de réactions (ce qui vaut pour les organismes vivants).
Enfin, la définition de Ferdinand de Saussure (qui était un systémiste plutôt qu'un structuraliste) est particulièrement bien articulée, et fait surtout surgir, en le liant à celui de totalité et d'interrelation, le concept d'organisation : le système est «une totalité organisée, faite d'éléments solidaires ne pouvant être définis que les uns par rapport aux autres en fonction de leur place dans cette totalité»
(Saussure, 1931). "(Méthode 1., pp.101-102)".
Certes, et comme le reconnaît Edgar Morin, bon nombre de penseurs ont inscrit les notions
D' «interrelation» et de «totalité» au cœur de la problématique systémique, mais, conjointement, ils ont presque tous omis de dégager l'idée principale liant ces notions. Bien qu'ils essayent d'associer interrelation et totalité, ils ne disent pas vraiment par quel biais cette association s'assure. Par-là, on voit qu'ils ont omis d'indiquer ce qui lie ces traits essentiels de la notion de système. Et, c'est cette omission que souligne justement Edgar Morin : " En effet, il ne suffit pas d'associer interrelation et totalité, il faut lier totalité à interrelation par l'idée d'organisation. Autrement dit, les interrelations entre éléments, événements ou individus, dès lors qu'elles ont un caractère régulier ou stable, deviennent organisationnelles et constituent un
«four». L'organisation, concept absent de la plupart des définitions du système, était jusqu'à présent comme étouffée entre l'idée de totalité et l'idée d'interrelations, alors qu'elle lie l'idée de totalité à celle d'interrelations, les trois notions devenant indissociables.
Dès lors, on peut concevoir le système comme unité organisée d'interrelations entre éléments, actions, ou individus ". ( M.I., p.102).
Ainsi, Edgar Morin conçoit le concept de concept de système comme l'une des principales énigmes de l'organisation dont le dénouement exige, entre autres, une remontée à l'ancienne conception de la physique classique. Celle-ci considérait l'atome comme l'unité première, élémentaire de la matière, irréductible et insécable. Le fondement de la conception classique, c'est l'idée que l'Univers est constitué d'objets qu'on peut isoler et qui sont soumis à des lois universelles objectives. Le postulat classique est donc clair : l'objectivité des objets tient dans leur disposition préalable à l'isolement.
S'opposant radicalement à cette conception, E. Morin stipule que l'objet tient son objectivité, non de son possible isolement, mais de sa situation dans l'espace (position, vitesse, etc.), de ses qualités physiques (masse, énergie), de ses propriétés chimiques et des lois qui agissent sur lui. Ainsi, " Ce qui caractérise l'objet peut et doit être ramené à des grandeurs mesurables ; sa nature matérielle elle-même peut et doit être analysée et décomposée en substances simples ou éléments, dont l'atome. Désormais, pour définir la particule, il faut faire appel aux interactions auxquelles elle participe, et, comme elle fait partie d'un atome, aux interactions qui tissent l'organisation de cet atome.".
Dans ces conditions, non seulement l'explication réductionniste ne convient plus pour l'atome, dont aucun des caractères ou des qualités ne peut être induit à partir des caractères propres à ses particules, mais ce sont les traits et caractères des particules qui, dans l'atome, ne peuvent être compris qu'en référence à l'organisation de ce système. Les particules ont les propriétés du système bien plus que le système n'a les propriétés des particules ". (M.I., p. 98).
En conclusion, pour E. Morin, " Tous les objets clés de la physique, de la biologie, de la sociologie, de l'astronomie, atomes, molécules, cellules, organismes, sociétés, astres, galaxies constituent des systèmes. Hors systèmes, il n'y a que la dispersion particulaire. Notre monde organisé est un archipel des systèmes dans l'océan du désordre. Tout ce qui était objet est devenu système. Tout ce qui était même unité élémentaire, y compris surtout l'atome, est devenue système".
Mais ce qui est remarquable, c'est le caractère polysystémique de l'univers organisé. Celui-ci est une étonnante architecture des systèmes s'édifiant les uns sur les autres, les uns entre les autres, les uns contre les autres, s'impliquant et s'imbriquant les uns les autres, avec un grand jeu d'amas, plasmas, fluides de micro-systèmes circulant, flottant, enveloppant les architectures de systèmes.