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ACTION

 

Concept issu du verbe latin  "agere",  signifiant agir, faire, faire avancer, pousser devant soi, mener (des hommes), entraîner, emmener, entreprendre, conduire (une voiture)...

 

L'action est définie, selon l'usage courant, comme le mouvement d'un corps physique ayant une application et un effet.

 

Pour Edgar Morin, une "action" est le mouvement d'un système physique qui effectue un travail ou réalise des performances en fonction de certains moyens et d'une certaine finalité.

(Cf. E. Morin, La Méthode, Tome 1, pp. 155-sq).

 

Une définition pertinente de la notion d'action ne doit pas escamoter sa dimension fondamentale ou fondatrice. Celle-ci trouve ses radicaux dans les divers scénarii de cosmogénèse, cette dernière se résumant par l'idée suivante : «Au commencement était l'action». (Ibid.).

En effet, aussi loin que nous puissions concevoir le passé cosmique, il est mouvement et interaction. Aussi loin que nous puissions concevoir les profondeurs de la physis, nous trouvons agitations et interactions particulaires. Immobilité, fixité, repos sont des apparences locales et provisoires, pour certains états (solides), à l'échelle de nos durées et perceptions humaines.

La physis est active. Le cosmos est actif

(Ibid., p.155).

 

D'une manière générale, nous savons que notre Univers est issu de quelque chose comme une explosion, un accident thermique.

Ceci, nous le savons, entre autres, grâce à la théorie du " big bang "

(Cf. big bang).

 

Ainsi, la physis est connue, chez E. Morin,  comme un système essentiellement actif.

Comme l'activité organisatrice de la physis est polyphonique, il est important de cerner les principes régulateurs. On notera, en passant, que se sont les interactions entre particules qui ont produit les atomes, lesquels sont entrés en interactions pour produire les molécules, lesquelles ont continué à interagir jusqu'à l'émergence de tous les constituants de la physis, dont les êtres vivants dans leur diversité actuelle.

 

La notion d'interaction est, chez E. Morin, le premier terme clé de l'activité organisatrice du cosmos. Les interactions  diverses ont produit des réactions (mécaniques et chimiques), des transactions (c'est-à-dire des actions d'échanges) et des rétroactions (c'est-à-dire des actions qui agissent en retour sur le processus qui les ont produites, et éventuellement sur leur source et / ou leur cause).

 

L'action est donc essentiellement d'abord interactions.

Cela veut dire qu'aucun mouvement de la physis, n'est possible sans le concours des échanges de toutes sortes. Échange de matériaux dans la constitution des astres, des soleils ou des plantes.

Mouvements désordonnés des particules dont l'aboutissement partiel est la formation des corps physiques comme les atomes et les molécules.

On peut voir  dans les mouvements désordonnés des particules des formes d'échanges, qui culminent en la formation de divers objets physiques que nous voyons autour de nous.

 

Ensuite, pendant la première différenciation cellulaire, qui est censée avoir eu lieu au cambrien, des échanges moléculaires et cellulaires se forment d'abord, puis s'intensifient pour constituer les organismes vivants les plus minuscules, les bactéries. Ces derniers ne se maintiennent en vie que moyennant les innombrables et incessants échanges avec leur environnement, puis entre les organes qui les constituent.  Enfin, à l'échelle sociale, des activités sociales les plus élémentaires aux plus complexes, les échanges ou actions réciproques sont primordiaux.

 

L'action est rétroactions. Effectivement, les molécules primordiales ont rétroagit sur les atomes qui les ont localement produites. L'Univers en tant que totalité organisée rétroagit globalement sans cesse sur les constituants, dont les hommes et leurs sociétés, qui en sont localement à l'origine. Notre Univers ne s'est pas façonné une fois pour toutes. Il continue à se façonner jour après jour, minute après minute, seconde après seconde. Il continue son édification jusqu'à ce jour, à travers des inter-rétroactions et des soubresauts quantiques ou particulaires. Il continuera à se façonner tant qu'il y aura des hommes qui le nommeront et l'identifieront.

 

Un atome rétroagit sur les éléments qui le constituent, tout comme, à l'échelle socioculturelle tout discours rétroagit sur les éléments qui en sont localement à l'origine.

L'organisation vivante fournit un grand nombre d'exemples de rétroactions. On peut citer, au passage, la régulation du sang ou du système respiratoire. L'organisme vivant émerge des interactions et rétroactions entre les cellules qui le constituent, tout comme les cellules émergent des inter-rétroactions entre les molécules de l'organisme. Mais une fois constitué, l'organisme vivant rétroagit en tant que structure globale émergente sur les cellules et les organes qui en sont localement à l'origine. Ces rétroactions ne sont pas sans importance. Elles conditionnent la vie et / ou la survie de l'organisme.

 

La rétroaction de l'organisme sur les parties qui le constituent n'est donc pas une action secondaire, sans importance. C'est une régulation de principe, constitutive du système vivant qu'est l'organisme. Elle est nécessaire à la fois pour la régénération de l'organisme et son maintien en vie et / ou en action.

 

L'action est aussi transactions. Les opérations d'échange entre particules, atomes, molécules et autres corps chimiques se font sous forme de transport de matériaux. Au risque de plonger dans l'anthropomorphisme, on dirait que les différents constituants de l'univers se sont accordés pour effectuer de tels échanges. Au niveau particulaire, ces échanges sont réels, mais difficiles à élucider, à la fois à cause de la nature quantique des particules et de la clôture des systèmes physiques archaïques comme les étoiles, les astres et les soleils.

 

A l'échelle de l'organisation vivante, ou la plupart des systèmes sont des systèmes ouverts, ces échanges sont plus perceptibles. Ils se manifestent, entre autres, par l'importation de matières comme l'oxygène, pour les êtres vivants, en échange du gaz carbonique pour les végétaux et autres systèmes.

Ces interactions, transactions, rétroactions ont généré les organisations fondamentales qui peuplent notre univers, atomes et étoiles. Ces milliards et milliards d'astres ne sont nullement des assemblages d'éléments fixes, des organisations en repos. Ils sont les uns et les autres en activité permanente. Ils sont eux-mêmes constitués d'interactions, de réactions, de transactions, de rétroactions, et (...),

les rétroactions y jouent un rôle fondamental, surdéterminant, accentuant, inhibant, modifiant, transformant les actions et interactions (Ibid., p ; 156).

 

Ainsi donc, dans l'usage courant la notion d'action a été enfermée dans l'idée de mouvement, d'application et d'effet. Et c'est dans cet enfermement que nous pensons communément la notion d'action. C'est sans doute à cause de nos modèles techno-industriels que la notion d'action est longtemps restée dans ce cloisonnement. Cela fait abstraction du contexte d'émergence de l'action, qui est la physis. Elle ignore, de ce fait, les notions fondatrices de l'action. Elle est donc désincarnée, c'est-à-dire dépourvue de tout fondement physique.

 

Contrairement à cette idée répandue et partagée, la problématique morinienne de l'action repose essentiellement sur les considérations des principes organisateurs de la physis.

La notion d'action prend ainsi sa source dans la physis, dans les principes qui organisent son architecture. Ainsi, plutôt que de penser le concept d'action en partant de ses divers déploiements biologiques et socioculturels, il nous faut désormais effectuer un renversement de perspectives. Il nous faut comprendre qu'avant d'être biologique, anthropologique ou sociologique, le concept d'action est d'abord une notion de caractère physique. Elle est physique parce qu'elle nait au moment où commence la physis. Elle a pour origine la bouillie subatomique qui façonne la physis. Elle est physique parce qu'elle accompagne les particules, atomes, molécules et les autres éléments chimiques dans leur émergence et leur organisation. Elle est physique, surtout, parce qu'elle commence au moment de la gravitation universelle, elle commence avec, dans et par  la gravitation universelle.

 

La notion d'action conçue autrement que comme notion physique perd un peu de sa substance, de sa racine, de son fondement. Le concept d'action conçu uniquement selon le modèle anthropo-social ou technique manque de fondement. L'action ne commence pas dans nos industries, dans nos usines, ni dans nos sociétés. C'est sans doute l'impression du merveilleux que produisent nos arts et nos technologies actuelles qui nous obnubile, au point d'enrayer de notre paysage mental la nécessité d'originer les concepts. Pourtant, ces multiples accomplissements ne déploient pas de l'action en permanence. Notre notion d'action pensée à partir des modèles anthropo-social et technique est très aplati par plusieurs motifs, dont le principal est l'impermanence de l'action. Alors que la physis se caractérise par la permanence et la continuité de l'action, nos technologies et nos modèles sociaux ne déploient de l'action que de manière séquentielle. Les actions techniques ne sont pas actives à proprement parler, puisqu'elles sont intercalées par des moments d'arrêts très fréquents. Or, il en va tout autrement de l'action de la physis. Depuis l'instant décisif de son explosion jusqu'à ce jour, l'organisation physique est active. Elle est active en permanence. Aucun moment d'arrêt n'intervient dans son auto-régulation. Tout moment d'arrêt dans cette régulation signifierait la fin de son existence.

 

La physis est active de façon permanente. Elle est donc ontologiquement active, tout comme sont actives toutes les machines naturelles qu'elle produit.

 

En revanche, les organisations anthropo-sociales comme la technologie ou l'art ne sont que très improprement actives. Elles ne s'accompagnent pas constamment de mouvements ou d'actions, bien qu'elles nous servent à comprendre certains moments de l'organisation physique qui échappent à notre contrôle.

 

On ne peut donc pas dire que nos actions techniques soient fondateurs de la notion d'action. L'action commence dans la physis. Elle part de multiples explosions et dispersions qui marquent le commencement de l'organisation physique. L'organisation physique et biologique dispose donc de la plénitude « d'être-actif ». Et, à ce titre, elle est fondatrice de la notion d'action. Par conséquent, la notion d'action ainsi que toutes autres notions ayant trait à l'action doivent être originer dans leur contexte d'émergence, qui est la physis.

 

 

Même conçue dans un contexte autre que physique, la notion d'action porte, agonisantes, ses marques physiques primordiales ou fondationnelles.

 

Toute conception de la notion d'action qui se passe de son contexte physique d'émergence est éclatée, amputée. On doit donc toujours garder à la notion d'action sa connotation physique d'origine, même quand on l'invoque dans un contexte apparemment éloigné de la physis. Et c'est à cette tâche difficile mais indispensable que nous convie E. Morin, si nous voulons que notre notion d'action ait quelque sens. Il nous faut restituer à la notion d'action son sens premier, c'est-à-dire sa multi-polarité.

 

Autrement dit, il faut toujours concevoir la notion d'action dans sa nature polyphonique, c'est-à-dire à la fois comme interactions (particulaires, atomiques, moléculaires, etc.), comme réactions (chimiques, mécaniques qui ont lieu avant, pendant et après la période d'expansion de l'univers), comme transactions (actions d'échanges entre éléments chimiques et physiques de toutes sortes), et comme rétroactions (c'est-à-dire des transactions qui prennent la forme d'un schéma bouclé, donc où les processus produits agissent en retour sur leurs sources et / ou leur causes).

 

Etant donné que notre conception de la notion d'action tend à escamoter son sens physique archaïque, c'est-à-dire fondateur, il est temps que nous la repensions en tenant compte des pertinentes remarques d ' E. Morin. L'intégration de cette perspective morinienne constitue en fait une révolution mentale  et / ou intellectuelle.

 

Il est connu que les révolutions de pensées sont difficiles à effectuer, dans la mesure où elles exigent à la fois la désorganisation de notre mode de pensée habituelle, coutumière, de notre paysage mental et sa réorganisation en fonction des éléments nouveaux à intégrer.

 

Réussirons-nous à opérer ce retournement épistémologique ? Ici, comme ailleurs, la révolution de pensée est difficile à effectuer, mais non impossible.

 

(Le lecteur désireux d'ajouter un complément d'information sur ce concept pourra lire avec intérêt les notions suivantes : Interaction, Organisation, Praxis, Production, Transformation, traitées plus loin dans ce lexique).

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