BIG - BANG
Concept désignant l'état ponctuel de densité infinie dont l'explosion aurait été à l'origine de l'Univers.
La notion de big bang est née en Angleterre à la suite d'une histoire assez cocasse.
Son inventeur, le physicien britannique Fred Hoyle, ne voulait pas forger un mot dont l'importance et la signification auraient connu l'engouement actuel, tant dans le monde de la science que dans celui de la vulgarisation scientifique.
Fred Hoyle, redoutable défenseur de la théorie dite de l'état stationnaire, inventa le mot "big bang" en 1950, lors d'une émission radiophonique populaire, consacrée à la vulgarisation scientifique, pour se moquer de George Gamow, co-inventeur de la théoriede la théorie de l'univers en expansion.
En fait, c'était pour décrire cette répugnante, dangereuse et fausse théorie (à ses yeux) qu'il forgea ce concept.
C'est très justement, qu'Edgar Morin considère la théorie du big bang comme une hypothèse reposant sur une carence épistémologique. Cette dernière concerne l'idée d'un point initial, qui concentrerait en un zéro spatial l'infini densité.
Considérée comme évidente, cette idée "Escamote, comme la théorie de l'état stationnaire de l'univers, mais en sens inverse, l'aporie du commencement. Elle présente, comme solution logique du problème du commencement, une contradiction qui nous oblige à faire coïncider le ponctuel et l'infini. Dans l'ancien univers, l'ordre était le support simple et évident ; alors que la théorie du big bang cherche un commencement élémentaire et ponctuel, et ne trouve qu'une aporie. C'est que la recherche de l'origine s'est dégradée en recherche d'un point de départ, et que la recherche d'une rationalisation a conduit nécessairement une irrationalité".
(Méthode, Tome 1,.NN., p. 43 ).
Il y a quelques années, ceux qui ont pour habitude de fuir ou d'éluder les problèmes considéraient le problème de l'origine comme une banalité épistémologique, une spéculation à laquelle se livrent ceux qui n'ont rien à faire. Edgar Morin fut classé dans cette dernière catégorie et flanqué de l'étiquette de métaphysicien par certains scientifiques.
Aujourd'hui, le problème de l'origine émerge de manière spectaculaire. Et ceux-là même qui ne voulaient surtout pas en entendre parler commencent à changer de discours.
Désormais, la remarque faite par Edgar Morin il y a plus de dix ans trouve maintenant sa place au cœur de la problématique scientifique.
Le problème de l'origine, disait Edgar Morin, comporte une insurmontable contradiction dans ses termes. Il s'agit, non pas de subir l'aporie en croyant l'éviter, mais de la concevoir de front
(M.I.NN., p. 43).
La contradiction aporétique du big bang nous révèle non seulement la complexité logique du problème de l'origine de notre univers, mais aussi la complexité logique des fondements de notre univers. La contradiction aporétique du big bang nous incite à "Voir dans l'inconçu inconnu qui précède et déclenche la naissance de notre univers, ni un vide, ni un manque de réalité, mais une réalité non mondaine et pré-physique, source de notre monde et de notre physis. Dès lors, il est vain de chercher quelque figuration spatio-temporelle ou logomorphe concernant l'état ou l'étant qui précède notre univers". (M.I.NN., p. 44).
Certes, le big bang nous aide à concevoir la très probable explosion thermique qui a précédé les premiers moments de l'univers, la dispersion des éléments dans l'univers. Dans ce sens, il est une notion intéressante. Mais en même temps qu'il nous permette de reconstituer l'origine de l'univers, il nous révèle ses propres carences, ses insuffisances. "Le big bang est en fait une sous-notion qui escamote sous une onomatopée de grand boum la problématique d'une formidable transformation. (...). Son insuffisance est de réduire l'origine à la seule dimension d'explosion thermique. Il nous faut donc dépasser le big bang dans la notion véritablement théorique : la notion de catastrophe.
Le terme de catastrophe est connu de presque tout le monde, dans un sens que l'on peut qualifier de traditionnel, comme une notion recouvrant les idées de désastre naturel, d'accident, de calamité, de fléau, etc. C'est avant tout une notion géophysique et climatique, dont le sens s'étend dans les usages socioculturels et politiques.
Edgar Morin l'emploie comme une notion théorique pour colmater la brèche ouverte par la notion problématique de big bang, et que, malheureusement, l'enchantement médiatique s'est empressé d'éluder sous le couvert de la vulgarisation scientifique et d'autres subterfuges servant à gommer les réalités complexes.
Edgar Morin l'emploie donc non seulement dans son sens géophysique et géo-climatique traditionnel, mais aussi, et surtout, dans un sens particulier que lui donne le mathématicien René Thom. "Ce sens, associé à une nouvelle conception topologique où le terme prend un sens fort, signifie : changement / rupture de forme dans des conditions de singularité irréductible".
(M.I. NN., p. 44).
Mais la rupture de forme dont il est question ici n'est pas l'achèvement pur et simple d'un processus de changement, comme l'imagineraient sans doute ceux qui aiment éviter les questions difficiles. Ce n'est pas non plus une structure finale. La rupture de forme ici a le sens d'une situation de changement que l'on peut approcher du processus de bifurcation. La rupture de forme signifie en fait le changement de forme, la transformation, la métamorphose de quelque chose, d'une structure donnée. "L'idée fondamentalement complexe et riche qu'apporte Thom est de lier toute morphogenèse ou création de forme à une rupture de forme ou de catastrophe. Elle nous permet donc de lire dans les mêmes processus de désintégration et de genèse.
L'idée métamorphique que la catastrophe ne s'identifie pas à un commencement absolu et laisse ouverte le mystère de l'inconnu a-cosmique ou proto-cosmique, porte en elle l'idée d'événement et de cascades d'événements. Loin d'exclure, elle inclut l'idée de désordre et de façon génésique puisque la rupture et la désintégration d'une ancienne forme est le processus constitutif même de la nouvelle. Elle contribue à faire comprendre que l'organisation et l'ordre du monde s'édifient dans et par le déséquilibre et l'instabilité".( M.I. NN., p. 44 ).
C'est le genre de message que la théorie du big bang ne comporte pas dans son développement. D'où l'indispensable coopération de la notion de catastrophe non seulement dans l'élucidation du big bang, mais surtout dans la conception et la compréhension de la genèse de l'univers et de ses transformations.
Enfin, alors que le big bang est un "Moment ponctuel dans le temps", qui, de par ce fait, se sépare, en tant que cause, à la fois des processus qui l'ont déclenché et de ceux qu'il a déclenchés, l'idée métamorphique de catastrophe, elle, tout en accueillant l'idée d'événement explosif, s'identifie à l'ensemble du processus de transformations désintégratrices et créatrices.
Pensée de manière isolée, la théorie du big bang pose et résout le problème du commencement à sa manière. Cette manière, c'est malheureusement la clôture du questionnement, la fin de l'aporie qui n'est, en réalité, que l'affirmation sournoise, c'est-à-dire indirecte d'une incapacité à thématiser et à théoriser. C'est toute la preuve de son insuffisance que le big bang porte dans sa clôture. C'est sans doute à cause de ce crétinisme et ce rétrécissement que le mot est devenu fascinant, banal, donc facile à expliquer. Mais en fait, dans ces rabâchages, tout le monde sait tout et personne n'explique rien. Aussi, au lieu de considérer la catastrophe comme un pur commencement, ce qui est le cas du big bang, Edgar Morin fait remarquer que l'origine de notre univers est dans la catastrophe, c'est-à-dire qu'il considère cette origine comme faisant partie d'une catastrophe, et que celle-ci se poursuit encore aujourd'hui, de sorte que, pour lui, l'idée de catastrophe est inséparable de notre univers.