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FINALITÉ

La définition du mot « Finalité » dans le Petit Larousse donne : « Caractère de ce qui a un but, une fin ».

Lorsque nous prenons un dictionnaire philosophique[1], nous lisons : « Le fait de tendre vers une fin ou un but ». C’est le cas par exemple de la plupart de nos actions, et même, selon Freud, de nos actes manqués. Cela ne prouve pas que cette fin soit la cause de l’acte.

C’est où la finalité, qui est une donnée de la conscience ou un fait, se distingue du finalisme, qui est une doctrine et un contresens. On agit pour une fin, mais par un désir : la finalité n’est elle-même qu’un effet de l’efficience du désir.

 

On pourrait en dire autant de la finalité du vivant (ou des organisations vivantes), qui est un  fait d’expérience, mais dont rien ne prouve qu’elle soit une cause. C’est pourquoi nos biologistes parlent plutôt, pour la désigner, de téléonomie, qui est une finalité sans finalisme (une finalité pensée comme effet, point comme cause).

 

Nous rappelons que le principe de simplicité impose de séparer et de disjoindre alors que le principe de complexité enjoint de relier tout en distinguant.

 

Dépassant les notions assez simples décrites ci-dessus, nous allons donc voir dans les pages suivantes les notions de causalité et de finalité  du point de vue épistémologique et anthropologique en paradigme de complexité.

 

 

         L'émergence de la causalité complexe

A.      De l'endo‑causalité à la causalité générative

Tandis que le principe de déterminisme causal qui commandait la science classique ne cessait de s'assouplir en causalité probabilitaire de caractère statistique, l'idée même de causalité demeurait rigide, linéaire, stable, close, impérative: partout, toujours, dans les mêmes conditions, les mêmes causes produisent les mêmes effets; il ne pouvait être question qu'un effet désobéisse à la cause; il ne pouvait être question qu'un effet rétroagissant fasse effet sur la cause et, sans cesser d'être effet, devienne causal sur sa cause devenant son effet tout en demeurant cause.

Or la seule idée de rétroaction affecte, et beaucoup plus profondément qu'il ne le semble au prime abord, l'idée classique, simple, extérieure, antérieure, impériale, de causalité.

La rétroaction renvoie à l'idée de boucle, c'est-à-dire à l'autonomie organisationnelle de l'être-machine. L'autonomie organisationnelle détermine une autonomie causale, c'est-à-dire crée une endo‑causalité non réductible au jeu " normal" des causes/effets.

Dans ces conditions, il nous faut considérer:

•    L'existence d'une causalité qui se génère dans et par le procès producteur-de-soi, que l'on peut appeler causalité générative;

•    Le caractère à la fois disjoint et associé. complémentaire et antagoniste, de l'exo-causalité et de l'endo-causalité dans un complexe de causalité mutuelle interrelationnée;

•    L'introduction dans la causalité d'une incertitude interne.

 

La disjonction entre la cause externe et l'effet

Tout système, en produisant son déterminisme interne, exerce dans son territoire et éventuellement dans ses environs des contraintes qui empêchent certaines causes extérieures d'exercer leurs effets normaux. Alors que les systèmes statiquement organisés résistent de façon passive aux aléas et déterminismes de l'environnement, l'organisation dynamique résiste de façon active: la boucle rétroactive, qui assure et maintient son déterminisme interne éponge ou corrige les perturbations aléatoires qui menacent l'existence et/ou le fonctionnement du système; elle réagit par "réponse " qui neutralise l'effet de la cause extérieure. Et, partout où joue la causalité rétroactive des moteurs sauvages aux êtres vivants, les effets des causes externes sont neutralisés, stoppés, détournés, déformés, transformés. La causalité externe ne peut jouer de façon directe et mécanique sauf quand son agression dépasse le seuil de tolérance de l'organisation qu'alors elle détruit.

L'annulation de la déviance (rétroaction négative) est le processus même d'annulation des effets issus des causalités extérieures. D'où l'idée d'une causalité négative qui découle logiquement de l'idée de rétroaction négative, et se développe partout où il y a régulation. Ainsi, l'abaissement de la température devrait entraîner l'abaissement de la température interne dans la maison ou dans l'organisme vivant. Or cette température interne demeure constante, en dépit des fluctuations extérieures. La cause n'entraîne pas son effet, et l'important devient, du point de vue de la causalité extérieure, ce qui n'a pas eu lieu.

La rétroaction n'a pas annulé la cause, elle a annule son effet normal.

L'idée de causalité négative n'a pas seulement le sens d'annulation (de l'effet normal), elle a aussi le sens de causalité inversée ou antagoniste. En effet, le maintien de la température dans la pièce ou dans l'organisme correspond, non à un isolement insensible a la variation extérieure, mais à une activité productrice de chaleur: le refroidissement du milieu déclenche un accroissement de combustion dans la chaudière, stimule chez l'animal homéotherme les centres du thalamus, qui déclenchent la production de chaleur. C'est dire que le refroidissement externe provoque en fait du réchauffement interne. Nous avons donc une causalité qui provoque un effet contraire à celui qu'elle aurait dû provoquer.

Ainsi, la rétroaction négative est capable d'annuler, détourner, transformer, contrarier, voire inverser les effets d'une causalité extérieure.

  
La causalité circulaire : une causalité auto-générée/génératrice

C'est évidemment parce qu'il se crée un cycle causal bouclé qu'il y a disjonction relative entre la cause externe et l'effet apparu. Il n'y a pas annulation de la cause extérieure, mais production, en relation complexe (complémentaire, antagoniste, concurrente) avec la causalité extérieure, d'une causalité intérieure ou endo‑causalité.

L'endo et exo‑causalité sont différentes de nature. L'endo‑causalité est locale et l'exo‑causalité genérale. L'exo‑causalité provient d'un jeu divers de forces non nécessairement ni principalement organisées; L'endo‑causalité est liée à une organisation active singulière. L'exo‑causalité est statistiquement probable. L'endo‑causalité est marginale, improbable par rapport aux déterminismes et aléas physiques extérieurs, et elle résiste probablement à cette probabilité par sa récursivité propre. La causalité circulaire, c'est‑à‑dire rétroactive et récursive, constitue la transformation permanente d'états généralement improbables en états localement et temporairement probables.

La causalité extérieure (qui se confond avec la causalité classique) ne peut rendre compte que des états d'équilibre ou de déséquilibre. Ce n'est qu'avec la causalité circulaire que se constituent des états stationnaires, des homéostasies, qui refoulent la causalité externe hors de la zone bouclée.

Enfin, la boucle rétroactive peut produire des réactions, contre‑actions, qui, en annulant l'exo‑causalité, protègent et entretiennent l'endo‑causalité. L'endo‑causalité est ainsi capable de produire des effets originaux.

On voit ici que la carence fondamentale du behaviorisme était d'ignorer, en concevant la réaction comme prolongement mécanique du stimulus, la source causale originale du comportement.

L'endo‑causalité implique production‑de‑soi. Dans le même mouvement que le soi naît de la boucle, naît une causalité interne qui se génère d'elle-même, c'est-à-dire une causalité-de-soi productrice d'effets originaux. Le soi est donc la figure centrale de cette causalité interne qui se génère et se régénère d'elle-même.

Or, cette idée centrale de causalité‑de‑soi, génératrice d'effets propres, a été doublement étouffée, prise en sandwich entre la causalité extérieure classique et l'idée ressuscitée de finalité. Comme nous allons le voir elle est non seulement plus ample et plus profonde que l'idée de finalité mais elle en est le fondement.

 

B.      Finalité et générativité

Le retour de la finalité (de la téléologie de l'horloger à la téléonomie de l'horloge)

La science occidentale s'était fondée et développée en extirpant tout principe de finalité de son sein.

La finalité fut assez aisément chassée de la physique. Elle fut difficilement et incomplètement évacuée de la biologie. On le comprend: les idées de buts et de fins s'imposaient de toute évidence dans l'ontogenèse, la physiologie, le comportement. L'expérience démontrant que chaque moitié d'un embryon d'oursin coupé en deux finissait par reconstituer un organisme adulte complet, mettait en évidence la domination d'une fin (la constitution de l'organisme adulte) sur les causalités externes. Mais comment comprendre cette finalité de façon non providentialiste? L'idée de finalité, même rincée et désinfectée, dégageait encore une odeur mystico‑religieuse. Donc le problème fut refoulé, comme tout problème gênant non résolu. On se persuada qu'action/réaction, stimulus/réponse, qui donnaient la primauté à la causalité physique extérieure, suffisaient a l'étude "objective " de l'organisme.

Alors que la finalité semblait définitivement renvoyée aux oubliettes, y compris dans la biologie, elle revint en grande pompe théorique (Rosenblueth et Wiener, 1950) dans une science intégralement physique, celle des machines cybernétiques.

Il ne s'agissait nullement pour ces fondateurs de faire remarquer que chaque pièce de la machine artificielle et la machine elle‑même étaient conçues, construites et utilisées dans des buts précis, définissables et recensables. Ces finalités sont de caractère anthropo‑social, et ne concernent pas directement la physis.

La découverte de Wiener/Rosenblueth était que la théorie de la machine avait besoin du concept de finalité pour rendre compte de processus physiques qui ne pouvaient être décrits selon la causalité physique classique. Il était nécessaire de faire appel aux idées finalistes de normes et buts pour rendre compte des états régulés d'une machine, inexplicables selon la causalité ordinaire. Tout ce qui se conçoit dans la machine à partir des notions de programme, communication, contrôle est inconcevable selon les déterminismes classiques, lesquels ignorent les notions de rétroaction et d'information; par contre la liaison organique qu'établit Wiener entre information et rétroaction entraîne le recours aux idées de norme, but, finalité.

C'est par le truchement de la cybernétique que la finalité s'est réintroduite au cœur de la théorie fondamentale de la vie. En effet, la cybernétique offrit à la biologie moléculaire, qui avait besoin d'une armature organisationnelle, ses concepts de code, programme, communication, traduction, contrôle, direction, inhibition et, bien entendu, rétroaction. La cellule apparut dès lors comme une fabuleuse usine automatique où chaque opération, chaque fonction avait son but précis, recensable, l'ensemble de ces buts se conjuguant dans la grande finalité: produire, organiser pour vivre. Cette machine vivante apparut donc naturellement comme une "goal seeking machine", dotée de "purpose behavior".

La finalité était donc réhabilitée. Mais ce n'était pas celle qui avait été privée de tous droits scientifiques. La finalité "vitaliste" faisait horreur: elle venait du ciel; la finalité cybernétique fut accueillie à bras ouverts; elle venait de la technique, sous le label des programmes informatiques, avec totale garantie machiniste. Ce n'était plus l'idée téléologique, issue des desseins généraux de la Providence; c'était une idée téléonomique localisée aux machines, dont la machine vivante. Elle n'émanait pas d'un esprit supérieur guidant le monde. Elle surgissait des machineries cellulaires.

 
La causalité finalitaire

Dès lors la finalité devient non seulement explicable. elle devient explicative, c'est‑à‑dire causale. La finalité est une causalité intérieure qui se dégage de façon de plus en plus précise, active, déterminante, là où il y a information/programme pour commander les performances et les productions. La notion de performance prend figure précisément en fonction de l'idée de but: elle consiste à atteindre un but très déterminé en dépit des perturbations et aléas qui surgissent en cours d'action.

Ainsi les productions, les performances, les régulations dans la machine artificielle ainsi que dans l'organisme vivant sont évidemment finalisés.

La causalité finalitaire est un aspect de l'endo‑causalité. Son caractère particulier à l'égard du déterminisme classique est de ne prendre forme qu'une fois le but (l'effet) accompli. Elle peut donc demeurer virtuelle, et invisible tant que l'être ou l'organisme est en repos ou latence, comme le grain de blé enfoui dans la grande pyramide qui, en sommeil pendant quelques millénaires, germe dès qu'on le remet dans des conditions favorables.

La causalité finalitaire, à la différence du déterminisme classique qui n'est que contrainte, exprime activement et praxiquement la vertu de l'endo-causalité: produire de l'autonomie et, au‑delà, des possibilités de liberté. Elle est justement ce qui permet de comprendre le développement de stratégies et de décisions, qui n'ont de sens que par rapport à une/des finalités. Dès lors, l'être vivant fait subir à son environnement les effets de ses propres finalités; l'asservissement peut être conçu dans ce sens comme un débordement de générativite et de finalité dans les territoires de l'exo‑causalité. En somme, la causalité finalitaire, qui est en opposition à la causalité extérieure, peut éventuellement asservir cette causalité. Ainsi en est‑il de l'homme qui asservit les "lois de la Nature" elles‑mêmes, en imposant sur les déterminismes physiques extérieurs la surdétermination de ses propres finalités.

Le retour de la finalité dans le char de la cybernétique a été triomphal. Inscrite dans la constellation pragmatique des notions de programme/information/ rétroaction, circonscrite et fiabilisée en téléonomie, elle remplissait les trous béants laissés par la causalité classique. Dès lors, la finalité cybernétique devint la nouvelle tarte à la crème des explications faciles où l'on croit dissiper enfin les énigmes de la vie trop faciles parce qu'elles refoulent dans l'ombre le problème originel que la nouvelle idée de finalité devrait au contraire mettre en lumière. A la différence de la machine artificielle, conçue par un être supérieur qui constitue sa providence et lui donne préalablement son programme et ses buts, la machine vivante est issue d'un état inférieur de l'organisation physique, sans deus pro machina, ni "information", ni programme: d'où vient le "programme " ?, d'où vient l'"information", d'où vient la finalité?

La finalité des machines artificielles éclaire sans doute bien des aspects fonctionnels de la super-machine vivante, mais elle en occulte le problème fondamental: celui d'une finalité sans origine finaliste et sans destination intelligible. Nous allons le voir:, l'idée de finalité est incontestablement nécessaire; mais elle est par trop insuffisante.

 

L'incertitude du bas: la finalité comme émergence

Les machines artificielles sont finalisées avant d'exister. Mais les arkhe-machines et les moteurs sauvages existent sans finalité originelle et sans finalité fonctionnelle. Ce sont des interactions non finalisées qui se sont bouclées en rétroactions dans les genèses: l'étoile fonctionne sans dessein préconçu. sans régulation informatique, sans programme, dans et par l'antagonisme devenu complémentaire de processus centrifuges et centripètes. Il n'y a pas de buts dans la machine stellaire. Il n'y a qu'une boucle générative, régénérative dans et par la rétroaction du tout sur le tout. Toutefois, tout se passe comme si ce bouclage récursif avait pour fin de s'entretenir lui‑même. Disons même, une finalité immanente émerge en toute boucle, en tout recommencement, en toute régulation; chaque moment/élément du processus semble être à la fois la fin du précédent et le moyen du suivant, et tous ces moments semblent mus par la finalité immanente qui serait comme le recommencement perpétuel de la boucle.

Nous sommes donc dans la préhistoire de la finalité. Toute généralité génère une potentialité ou un embryon de finalité: tout Soi devient presque déjà un pour‑Soi. Mais il n'y a pas encore de finalité. Celle‑ci n'émerge véritablement qu'au niveau d'une organisation communicationnelle comportant appareils de computation/contrôle/commande.

Ainsi, la machine vivante est véritablement constituée de processus et d'éléments finalisés. Les molécules dans les cellules, les cellules dans les organes, les organes dans l'organisme sont quasi spécialisés en fonction de tâches quasi programmées qui visent à accomplir des buts, et tous ces buts se rejoignent dans le but global: vivre. On peut même dire que cet être vivant qui s'auto‑finalise est le produit finalisé de l'acte reproducteur dont il est issu. On peut remonter aussi de procréation en duplication jusqu'à l'origine de la vie. Mais là, nous retrouvons non seulement la même absence de finalité préalable que pour les machines physiques naturelles, mais surtout ce problème spécifique: comment la finalité naît‑elle de la non‑finalité? Comment un processus aléatoire de rencontres et d'interactions entre macromolécules aboutit‑il à une organisation "cybernétique" finalitaire? Comment des molécules d'ARN ou d'ADN, préalablement non "codées" auraient‑elles pu posséder l'information capable de reproduire et contrôler des protéines avec lesquelles elles n'étaient pas encore associées? L'idée d'information, ergo celle de programme, ergo celle de finalité, ne peuvent être antérieures à la constitution d'un premier bouclage proto‑cellulaire. Il faut donc écarter toute idée de processus finalitaire avant l'apparition de la vie.

L'Etre vivant, comme le soleil, comme toute machine sauvage, est né à partir d'interactions qui, aléatoires et déterministes, sont les unes et les autres dépourvues de finalité. Il nous faut donc nécessairement imaginer, entre le premier bouclage nucléo/protéiné et la première cellule porteuse d'un "message" informationnel, toute une évolution à travers laquelle les développements organisationnels génèrent des finalités. Dans une telle évolution, les traits organisationnels qui entretiennent la survie de la machine proto‑vivante deviennent de plus en plus combinés, adaptés les uns aux autres en fonction de cette survie, et, devenant ainsi fonctionnels, ils deviennent quasi finalisés. C'est donc le développement de la praxis productive‑de‑soi qui va produire finalement la finalité. La double et coïncidante production (des molécules et de son propre être) va de plus en plus rétroagir pour finaliser le système productif et finaliser les opérations, agencements, éléments, mécanismes, actions qui concourent à cette production. Ce processus est inséparable de la constitution d'un proto‑appareil qui apparemment "programme" les opérations en fonction des buts métaboliques et reproducteurs.

Ainsi toute organisation productrice‑de‑soi porte en germe une production de finalité, qui ne peut émerger qu'avec les développements organisationnels comportant la constitution d'un proto‑appareil contrôlant et liant les boucles génératives et les activités phénoménales. La finalité est un produit de la production auto‑productive.

Ainsi la finalité biologique, et bien sûr anthropo‑sociale, est immergée dans un processus récursif de génération‑de‑soi dont elle fait partie. Elle est le visage émergé et informationnel de cette génération‑de‑soi. La finalité est dès lors une émergence née de la complexité de l'organisation vivante dans ses caractères communicationnels /informationnels. Ce n'est pas un caractère préalable à cette organisation. Elle est bien "téléonomique" et non "teléologique". Alors que la téléologie part d'une intention bien dessinée, la téléonomie baigne dans une zone obscure de finalité immanente, et la boucle récursive est elle‑même immergée dans une zone d'interactions physico-chimiques sans finalités, où joue la dialectique désordre/ordre/organisation.

 

L'incertitude du haut: les fins incertaines du vivre

Les machines artificielles et les machines vivantes ont en commun des finalités pratiques et utilitaires aisément définissables. Toutefois. la non-finalité des origines de la vie se répercute et se reflète dans les fins globales des machines vivantes, et même des machines artificielles.

Ainsi une aile a pour but le vol, ce qui est clair; le vol a pour but le déplacement, ce qui est non moins clair; le déplacement sert à des buts très nombreux et variés (chercher de la nourriture, fuir, migrer, jouer, etc.) et tous ces buts ont un but commun: vivre. Mais si les buts pratiques du vivant sont recensables, le but des buts est incertain. Quelle est la finalité du vivre? On peut encore dégager deux grandes finalités étroitement imbriquées, celle des activités métaboliques, qui se concentrent sur le vivre individuel, celle des activités reproductrices. qui se fixent sur le re‑vivre de l'espèce: mais on ne peut ni déterminer laquelle commande l'autre, ni déchiffrer le sens de l'une ou de l'autre.

La machine artificielle n'évite ce problème que jusqu'à un certain point. Effectivement, la machine artificielle est finalisée avant que de naître, tout son être est conçu, dessiné, fabriqué en fonction de finalités anthropo‑sociales très définies.

Ainsi une usine a pour but de fabriquer des voitures, qui ont pour but le déplacement. lequel sert à des activités qui sont constitutives de la vie de l'individu dans la société et de la vie de la société dans l'individu. Dès lors, les buts ultimes de la voiture - de toute machine artificielle - ne sont pas plus clairs que ceux de la société et de l'individu. Quelle est la finalité de la vie d'un être humain? d'un être social? Ici nous retrouvons la double et trouble finalité du vivre de l'individu, de l'espèce et de la société.

L'évolution vers toujours plus de complexité, jusqu'aux organisation, anthropo‑sociales, a multiplié les finalités pratiques, mais a rendu de plus en plus incertaines, équivoques, voire concurrents, antagonistes, les deux grandes finalités: d'une part le vivre, se polarisant sur le jouir de l'individu, d'autre part le travail reproductif de la société et de l'espèce.

Certes, ces deux finalités sont admirablement complémentaires, mais peut‑on subordonner clairement l'un à l'autre? C'est par rationalisation a posteriori qu'on donne la primauté à la reproduction, à la survie de l'espèce et qu'on interprète dans ce sens toutes activités individuelles. Mais on peut aussi renverser la proposition: Lupasco a suggéré de façon très pertinente qu'on ne fait pas que manger pour vivre, on vit aussi pour manger; c'est‑à‑dire jouir. Plus il y a individualisation, moins il y a coïncidence et harmonie entre le vivre et le survivre et, chez l'être humain, la recherche de la jouissance va même jusqu'à inhiber les effets procréateurs de la copulation.

 

A vrai dire, nous pressentons que ces deux finalités biologiques se renvoient l'une à l'autre sans pourtant s'épuiser "fonctionnellement " l'un dans l'autre:

Ces finalités sont entraînées dans la grande boucle rotative et rétroactive de la vie où elles deviennent alternativement ou simultanément fin et moyen l'une de l'autre (vivre pour manger, manger pour vivre, vivre pour survivre, survivre pour vivre, vivre pour se reproduire, se reproduire pour vivre). Mais en même temps, ces deux finalités obéissent chacune à une logique propre: ces deux logiques, inséparables et complémentaires, ont en même temps une potentialité antagoniste présente dans tout phénomène de vie. Et chacune est insuffisante pour définir une finalité pour la vie.

Ici, surgit le paradoxe: l'être vivant, la plus fonctionnelle, la plus richement spécialisée, la plus finement multiprogrammée des machines, est par là même la machine la plus finalisée en buts précis dans ses productions, performances et comportements. Mais, en tant qu'être et existant, il est non finalisable dans ses origines premières ni dans ses buts globaux; la double finalité du vivre individuel et du cycle de reproduction est marquée par une béance et une incertitude.

Ce qui exprime finalement le mieux la finalité du vivant est la tautologie vivre pour vivre: elle signifie que la finalité de la vie est immanente à elle-même, sans pouvoir se définir en dehors de la sphère de la vie. Elle signifie que le Vouloir‑Vivre est une finalité formidable, tétue, frénétique, mais sans fondement et sans horizon, elle signifie en même temps que la finalité est insuffisante à définir la vie.

 
Les incertitudes dans le circuit : la relativité des moyens et des fins

Dans la grande boucle rétroactive, tout processus apparaît à la fois comme fin d'un processus antécédent et moyen d'un processus subséquent, et les deux grandes finalités, vivre pour survivre, survivre pour vivre, peuvent être considérées a la fois comme moyen et fin l'une de l'autre.

D'où ce paradoxe qu'avait fort bien remarqué Kant dans la Critique du jugement: "Un produit organisé de la nature est celui dans lequel tout est à la fois fin et moyen".

Certes, dans la rotation (biologique ou sociologique) des moyens/fins, il y a des hiérarchies, des subordinations, où les finalités parcellaires ou locales, au niveau des petites unités ou des organes, sont soumises aux fins du tout.

Autrement dit, le tout asservit en moyens les fins particulières prescrites aux parties. Mais, il n'y a pas intégration parfaite, à la différence de la machine artificielle, des fins locales aux fins générales, des fins parcellaires aux fins globales.

Il y a du "jeu", et cela depuis le niveau cellulaire et organismique jusqu'au niveau anthropo-social, où les phénomènes de jeu deviennent alors actifs et acteurs dans les processus d'évolution.

 

Ainsi :

    des fins complémentaires peuvent devenir concurrentes et antagonistes comme il arrive entre les fins de l'existence individuelle et celles de la reproduction; au sein même de l'accouplement sexuel, la reproduction et la jouissance qui peuvent être conçues comme moyen l'une de l'autre (selon qu'on se place du point de vue de l'individu ou de la lignée), peuvent aussi apparaître comme deux finalités complémentaires qui, à un moment, deviennent antagonistes (conflit entre la recherche de la jouissance et les conséquences de cette jouissance) et leur conflit aboutit éventuellement à l'exclusion d'une finalité par l'autre (contraception).

    des fins se renversent en moyens: ainsi, la constitution d'êtres multicellulaires, à partir d'une association devenue organique d'unicellulaires, instrumentalise les finalités des cellules, auparavant autonomes, en moyens au service des finalités émergeant du nouvel organisme multicellulaire.

    des moyens se transforment en fins; ainsi chez homo sapiens, les plaisirs gastronomiques et les jouissances érotiques deviennent fins au détriment des finalités alimentaires et reproductrices; la connaissance, moyen pour survivre dans un environnement, devient, chez le pensant devenu penseur, une finalité a laquelle il subordonne son existence.

    des finalités se déplacent: la cellule nerveuse est une cellule sensorielle qui a migré en profondeur et dont la finalité s'est totalement modifiée; le parlement, né en Angleterre comme institution aristocratique pour contrôler la monarchie, se transforme en institution bourgeoise qui annule le pouvoir de l'aristocratie.

    des finalités dégénèrent, comme conséquence des transformations, déplacements, permutations de finalités.

    et, bien entendu, sans cesse des finalités se créent à chaque nouveau bouclage, ou à chaque intégration d'élément ou processus nouveau dans la boucle , et sans cesse des finalités meurent (à chaque transformation ou désintégration de boucle).

Ainsi, même au niveau où elle semble la plus claire, précise et évidente, il y a équivoque, incertitude, possibilité de métamorphose de la finalité.

 

La finalité incertaine

La réhabilitation wienérienne de la finalité a pu être considérée comme une révolution épistémologique par rapport au behaviorisme (Piaget). Bien plus, elle nous fait comprendre que les sciences humaines et sociales s'agrippaient a l'idée de finalité (Comte, Marx, Tonnies, etc.), non parce qu'elles étaient "arriérées" par rapport aux sciences naturelles, mais parce que l'éradication de toute finalité rendait inintelligible leur objet.

Les idées de "projet" doivent être considérées, non comme des résidus idéalistes, mais comme des efforts pour reconnaître une dimension inexpugnable de l'existence individuelle (Sartre) et sociale (Touraine).

Le progrès des sciences de la vie et de l'homme ne peut ni ne doit s'effectuer dans la réduction de l'être au comportement ("behavior"), puis dans la réduction de celui‑ci à une causalité extérieure.

Ainsi l'idée de finalité s'impose. Mais il faut non seulement tempérer l'enthousiasme piagétien: il faut relativiser et relationner l'idée de finalité.

Même pour les machines artificielles, qui sont finalisées non seulement au niveau de leur organisation physique, mais aussi au niveau des finalités praxiques de la société qui les produit et les utilise, l'idée de finalité devient trouble et incertaine, dès qu'on considère en profondeur leur enracinement anthropo‑sociologique. L'idée de finalité n'est évidente, claire, sans faille, pour les êtres vivants, humains, sociaux, comme pour les machines artificielles, que dans la zone médiane des spécialisations fonctionnelles, des programmations, des actions et des performances utilitaires.

L'erreur est, non seulement de réduire l'univers de la vie, de l'homme, de la société, à celui des machines artificielles, elle est aussi de réduire l'univers des machines artificielles aux machines artificielles.

L'erreur est dans la rationalisation cybernétique qui ne veut ou ne peut voir dans l'être vivant et dans l'être social qu'une machine huilée et fonctionnelle qui demande à toujours être plus huilée et fonctionnalisée. Cette rationalisation finalitaire devient symétrique à l'ancienne causalité élémentaire, car, comme elle, elle chasse l'incertitude et la complexité.

L'erreur est celle‑là même de la pensée technocratique qui a fait de la machine artificielle arbitrairement isolée l'eidolon de toute vie, la nouvelle idole, la reine du monde robotisé.

La finalité est certes une émergence cybernétique de la vie, mais elle émerge dans la complexité. Que ce soit au niveau de l'organisme, de l'individu, de la reproduction de l'espèce, de l'éco-système, de la société, l'idée de finalité doit être à la fois intégrée et relativisée, c'est-à-dire complexifiée. C'est une notion ni claire ni distincte, mais clignotante. La complexité la démultiplie, mais aussi l'obscurcit. Les buts pratiques, les opérations fonctionnelles, sont clairs et évidents, mais ils s'engrènent dans des finalités de moins en moins claires, de moins en moins évidentes.

Partout où il y a finalité, dans la machine artificielle comme dans l'être vivant, la finalité se dissout aux racines, s'embrume aux sommets. Elle renvoie toujours à de l'infra-finalité, c'est‑à‑dire aux processus génésiques d'où naissent les productions-de-soi et les êtres‑machines. Elle renvoie à de l'extra‑finalité, l'existence, cette qualité non rationalisable, qui s'épanouit dans la vie, que la finalité ne peut ni enserrer ni articuler. Elle renvoie à la méta‑finalité, où les fins maîtresses sont concurrentes, antagonistes, incertaines, indiscernables, voire inexistantes.

La finalité est une idée ouverte sur son contraire, liée à son contraire. Elle naît de la non‑finalité. Elle se dissout par excès de complexité. Elle manque de tout support transcendant. Incertaine à la base, incertaine au sommet, elle est instable, transformable. La finalité est vraiment une émergence: elle naît, meurt, se métamorphose. Elle naît avec la boucle qui, en même temps, constitue la finitude de tout être machinal, et, enfermée dans cette finitude, elle est ouverte sur ce qui n'a pas de fin.

 

C.      L'endo‑éco‑causalité

Piaget pensait que l'introduction de la finalité dans la science constituait une révolution paradigmatique, et résolvait l'ancienne querelle entre déterminisme et finalité. En fait, nous l'avons vu, l'introduction de la finalité doit être subordonnée à celle de générativité, relativisée et complexifiée.

Il n'y a pas de progrès à substituer une nouvelle simplicité finaliste a l'ancienne simplicité anti‑finaliste, et cela d'autant moins que l'anti‑finalisme de la science avait précisément pour vertu de refouler et d'exclure le simplisme finalitaire. L'expulsion de la finalité hors de la méthode scientifique n'était pas que mutilante: elle stoppait fort utilement pour un temps cette hémorragie de finalité que l'esprit humain secrète naïvement sur toutes choses, pour leur donner un sens.

Le progrès est d'intégrer la finalité dans la causalité intérieure, qui procède de la génération-de-soi, et de concevoir cette causalité générative intérieure -l'endo‑causalité - dans sa relation complexe avec l'exo‑causalité. Dès lors, il n'y a pas "résolution d'un conflit" entre finalité et déterminisme classique, il y a le nécessaire maintien d'un conflit au sein d'une relation complexe, c'est‑à‑dire complémentaire, concurrente et antagoniste, entre endo et exo‑causalité. Dans l'exemple de la chaudière à thermostat ou de l'homéothermie; la causalité interne (réchauffement) est complémentaire à la causalité externe (refroidissement) et en même temps antagoniste. Complémentarité et antagonisme apparaissent même comme les deux faces du même phénomène.

L'endo-exo-causalité est, en fait, une "causalité mutuelle interrelationnée" (Maruyama, 1974). Cette causalité mutuelle constitue, par rapport à l'une et l'autre causalité. comme une méta-causalité faite de leur association absolument complémentaire (le principe d'ouverture fait qu'on ne saurait concevoir nulle organisation active sans la co‑présence active et intime de la causalité externe).

Au niveau de l'organisation vivante, la relation endo-exo-causale devient une relation auto-éco-causale. C'est dire que l'organisation-de-soi, devenue auto-organisation, est dotée d'une plus grande autonomie, mais aussi d'une dépendance nouvelle à l'égard de l'environnement, devenu éco-système, obéissant lui‑même à des formes sui generis de causalité générative.

Ce qui signifie que les relations entre  l'endo et l'exo y atteignent un très haut degré de complexité symbiotique et d'interpénétration, puisque l'éco‑système est constitué par ces êtres vivants, qui eux‑mêmes se constituent dans et par leurs interactions écologiques. Enfin, indiquons déjà ici que la causalité interne déborde sur l'environnement dans ses produits, ses sous-produits, ses comportements, ses asservissements, mais l'Eco-système a son tour rétroagit sur l'asservisseur/pollueur en lui faisant subir de nouvelles dépendances et le contrecoup de ses dévastations.

Aussi la révolution paradigmatique n'est pas dans la repromotion de la finalité, elle est dans le méta-concept d'endo-exo-causalité, qui correspond à l'endo-exo-organisation, laquelle avec la vie devient auto-éco-organisation.

 

La causalité complexe comporte donc:

Elle prend son essor et déploie une dialectique combinatoire infinie:

a) De mêmes causes peuvent conduire à des effets différents et/ou divergents. En effet, il y a différence et divergence quand la même cause déclenche, ici une régulation ou une réaction qui annule l'effet prévisible, là une rétroaction positive qui l'amplifie. De plus, la rétroaction positive peut elle‑même entraîner, soit la ruine du système où elle se développe, soit sa transformation, soit encore de nouvelles morphogénèses par schismogénèses.

b) Des causes différentes peuvent produire de mêmes effets. Les causes extérieures diverses qui pourraient entraîner plusieurs systèmes semblables à évoluer de façon divergente se trouvent quasi annulées par le contre-effet des rétroactions négatives sous contrôle informationnel, et les systèmes, bien que déportés ou déviés dans leur processus, obéissent à l'équi-finalité[2] qui aboutit aux mêmes effets.

c) De petites causes peuvent entraîner de très grands effets. Il suffit d'une coïncidence entre une petite perturbation et une défaillance momentanée, mais critique, dans un dispositif de correction pour que se développe à partir d'une déviance locale. un processus de destructuration ou de transformation en chaîne entraînant d'énormes conséquences.

d) De grandes causes peuvent entraîner de tout petits effets. A l'inverse, l'effet d'une énorme perturbation peut être quasi annulé au terme d'un travail régulateur et réorganisateur de tout le système.

e) Des causes sont suivies d'effets contraires. Ainsi, la cause déclenche une contre‑action inverse, comme le refroidissement provoque le réchauffement de l'organisme homéotherme. Dans certains cas, l'effet contraire issu de la contre‑action devient le seul et véritable effet de la cause originaire; ainsi le résultat principal d'une maladie surmontée est d'aguerrir et d'immuniser.

L'effet final d'une révolution peut être la contre-révolution qu'elle déclenche, comme l'effet final d'un processus réactionnaire peut être la révolution qu'elle déclenche par contrecoup.

f) Les effets des causes antagonistes sont incertains (on ne sait si les rétroactions qui l'emporteront seront négatives ou positives).

Ainsi naît et se dégage l'éventail d'une causalité complexe qui ne trouvera que dans la vie (entendue dans son sens plein qui englobe les interactions éco‑systémiques et l'évolution biologique) et surtout dans l'histoire des individus et sociétés humaines, son plein épanouissement.

Et sans cesse surgissent des paradoxes de causalité inintelligibles dans l'ancien simplisme du déterminisme mécanique: les causalités interagissent et interfèrent les unes sur les autres de façon aléatoire: les grandes causes produisent de grands et/ou petits effets, les petites causes produisent de petits et/ou de grands effets, et la combinaison d'effets attendus, d'effets inattendus, d'effets contraires donne à la vie, et surtout la vie historico-sociale, sa physionomie propre.

La causalité complexe n'est pas linéaire: elle est circulaire et interrelationnelle; la cause et l'effet ont perdu leur substantialité; la cause a perdu sa toute‑puissance, l'effet sa toute‑dépendance. Ils sont relativisés l'un par et dans l'autre, ils se transforment l'un dans l'autre.

La causalité complexe n'est plus seulement déterministe ou probabilitaire; elle crée de l'improbable; dans ce sens, elle ne concerne plus seulement des corps isolés ou des populations, mais des êtres individuels interagissant avec leur environnement.

La causalité complexe embrasse un complexe de causalités diverses d'origine et de caractère (déterminismes, aléas, générativité, finalité, circularité rétroactive, etc.) et comporte toujours une dualité fondamentale endo-exo-causale. Pour comprendre quoi que ce soit dans la vie, la société, l'individu, il faut faire appel au jeu complexe des causalités internes et externes: les événements internes ne sont pas téléguidés par la logique de l'extérieur, et ne sont pas pilotés par une logique en vase clos.

Sauf cas extrêmes, on ne saurait isoler avec certitude ce qui, dans un phénomène nouveau, constitue le "facteur décisif", "l'élément déterminant". Quand soudain déferle un désordre, une fureur, on peut se demander: est‑ce la poussée qui était trop forte? ou la résistance trop faible?

La dialogique, les dialectiques endo-exo-causales ont un caractère aléatoire. C'est dire que la causalité complexe comporte un principe d'incertitude: ni le passé, ni le futur ne peuvent être inférés directement du présent. Il ne peut plus y avoir d'explication du passé assurée ni de futurologie arrogante: on peut, on doit construire des scénarios possibles et improbables pour le passé et le futur.

Il faut comprendre que la même causalité peut avoir un effet infime, ou au contraire, de par les rétroactions amplifiantes, destructurantes, morphogénétiques qu'elle aura déclenchées, rouler en avalanche dans les siècles des siècles !

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[1] Dictionnaire philosophique : André Comte-Sponville aux Editions du puf- page 250.

 

[2] Voir la définition de l’équi-finalité dans le glossaire.