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INTERACTIONS

 

Ce sont des actions réciproques modifiant le comportement ou la nature des éléments, corps, objets, phénomènes en présence ou en influence.

 

La science s'est longtemps fondée sur le principe classique du postulat d'objectivité, c'est-à-dire sur l'idée selon laquelle l'univers est un espace neutre, constitué d'objets isolables, soumis à des lois objectives universelles. D'après ce principe, la description de tout objet consiste en sa décomposition en éléments simples. Tout objet devrait être défini à partir des lois générales auxquelles il est soumis et des unités élémentaires dont il est constitué.

 

Par-là, la physique classique rejetait toute référence à l'observateur et à l'environnement.

D'après ce principe, l'objectivité de l'objet ne tient pas des lois qui agissent sur lui, c'est-à-dire de sa situation dans l'espace (position, vitesse, etc.), ni de ses qualités physiques (masse, énergie, etc.), ni même de ses propriétés chimiques.

 

Au début du XXème  siècle, la science, par le biais de la physique quantique, a découvert que l'objectivité de l'objet dépendait essentiellement de son inscription dans un espace d'interactions. En physique, l'atome, qui était jadis conçu comme une unité première insécable, était désormais conçu comme un système au centre duquel se trouve un noyau.

 

Ce sont les interactions locales entre les particules qui font émerger l'atome. Et la particule elle-même est irréductible à l'objet au sens classique du terme, puisqu'elle se comporte de manières différentes, tantôt comme onde et tantôt comme corpuscule.

 

Depuis l'avènement de la théorie des systèmes, il y a une cinquante d'années, le concept d'interaction  revêt une signification et une importance particulières. Une signification particulière, car, les interactions supposent des éléments : êtres physiques ou autres, individus ou objets pouvant être en rencontre ; Des conditions de rencontre, c'est-à-dire mouvements, agitations, turbulences, etc. Une importance particulière, en ce sens que la notion d'interaction

fait partie de la constellation de notions fondatrices de l'étude des systèmes. Les interactions obéissent aux déterminations / contraintes qui tiennent à la nature des éléments, objets ou êtres en rencontre. Elles peuvent devenir, dans certaines conditions, des interrelations (associations, combinaisons, communications, etc.), donnant naissance à des phénomènes d'organisation.

On peut dire que les premières interactions apparaissent dans le monde physique. Elles accompagnent l'Univers dans les premiers stades de son expansion, pour s'étendre ensuite dans les autres systèmes. Puisque ce sont des particules élémentaires qui s'associent pour créer de la matière " Organisée ", on peut conclure qu'elles forment l'armature des premières formes d'organisation.

 

Ainsi, on peut distinguer trois types d'interactions fondamentales : les interactions fortes, les interactions gravitationnelles et les interactions électromagnétiques. Les interactions «fortes» lient protons et neutrons, et leur force de liaison, dominant la répulsion électrique entre protons, donne au noyau sa cohésion, son «équilibre ». Les interactions gravitationnelles déterminent, opèrent, accélèrent la concentration des galaxies, la condensation et l'allumage des étoiles. Les interactions électromagnétiques lient les électrons aux noyaux, les atomes en molécules, et jouent de façon complexe dans tous les processus stellaires. " Une fois que se sont constituées les organisations que sont les atomes et les étoiles, les règles du jeu des interactions peuvent apparaître comme lois de la nature. Ainsi les interactions gravitationnelles découvertes par Newton furent interprétées comme nécessités s'imposant à tout corps physique, donc comme lois suprêmes, absolues, éternelles, extérieures aux objets en jeu. ( M.I., NN., p. 51 ).

 

Dès ses premières émergences organisationnelles, la nature présente une double face : une face de désordre représentée par les rencontres aléatoires entre particules, entre atomes, puis entre molécules ; puis, une face d'ordre caractérisée par l'association des particules, atomes ou molécules pour constituer les organisations que sont les systèmes physiques. Une fois constitués, ces systèmes organisés nous font oublier une réalité fondamentale de l'organisation de la nature, à savoir que les lois de la nature ne constituent qu'une face d'un phénomène multiface qui comporte aussi sa face de désordre et sa face d'organisation. Une fois constitués, les systèmes organisés nous font perdre de vue l'idée fondamentale que les lois qui régissaient le monde n'étaient qu'un aspect provincial d'une réalité interactionnelle complexe. ( M. I., NN., p. 52 ).

 

Pour Edgar Morin la notion d'interaction est d'une importance particulière dans l'étude des systèmes. Autrement dit, l'interaction est la plaque tournante de tout système. Elle est la plaque tournante, le lieu de liaison entre désordre, ordre et organisation. " Cela signifie du coup que ces termes de désordre, ordre et organisation sont désormais liés, via interactions, en une boucle solidaire, où aucun de ces termes ne peut plus être conçu en dehors de la référence aux autres, et où ils sont en relations complexes, c'est-à-dire complémentaires, concurrentes et antagonistes ".

( M.I., NN., p. 52 ).

 

Pour illustrer son propos, Edgar Morin se sert de deux exemples. Le premier est celui du principe nommé «order from noise», ( ordre par le bruit ), inventé par Heinz Von Foerster.

Voici la formulation de l'expérience faite par Von Foerster :

 

" Soit un certain nombre de cubes légers recouverts d'un matériau magnétique, et caractérisés par la polarisation opposée des deux paires de trois côtés qui se joignent en deux coins opposés.

On place les cubes dans une boîte que l'on ferme, et que l'on agite. Sous l'effet de l'agitation, les cubes s'associent selon une architecture aléatoire (fantaisiste ) et stable. A chaque nouvelle agitation, des cubes rentrent dans le système et le complètent, jusqu'à ce que la totalité des cubes constitue une unité originale, imprévisible au départ en tant que telle, ordonnée et organisée à la fois". ( M. I. NN., p. 52 ).

 

Le deuxième exemple concernant l'hypothèse la plus possible concernant la formation du carbone au sein des étoiles. " La constitution d'un noyau de carbone exige la liaison de trois noyaux d'hélium dans des conditions extraordinairement improbables de température et de rencontre. Deux noyaux d'hélium qui se rencontrent fuient l'un de l'autre en moins d'un millionième de millionième de seconde. C'est seulement si, en un temps aussi bref, un troisième noyau d'hélium accourt dans la paire qu'il les lie ensemble en se liant à eux, et qu'ainsi se constitue la triade stable du noyau de carbone. In abstracto, la naissance d'un atome de carbone ne pourrait résulter que d'un fabuleux hasard. Mais, si l'on se situe au cœur de ces forges en feu que sont les étoiles

( constituées en majorité d'hélium ), où les températures de réaction demeurent entretenues pendant un temps assez long, alors on conçoit qu'il s'y produise un nombre inouï de collisions au hasard de noyau d'hélium, et que parmi ces collisions il s'effectue une minorité de collisions productrices de carbone. Ainsi il y a probabilité locale et temporelle pour que se constitue au cœur d'une étoile le très improbable noyau de carbone.

 

Une fois constitués, ces noyaux très fortement cohérents Vont résister à d'innombrables collisions et forces de rupture, et pourront survivre à d'innombrables aléas.

Bénéficiant ainsi d'une sélection physique naturelle, ce carbone improbable/nécessaire, qui dispose de qualités associatives très riches, rend possible, dans des conditions locales déterminées, la constitution de molécules d'acides aminés, qui eux-mêmes Vont trouver dans les cellules vivantes les conditions à la fois improbables et nécessaires de leur fabrication. Et ainsi, le jeu en forme de boucle :

 

            désordre---->interactions------->ordre--------->organisation

 

produit, en se transformant et se développant, la chaîne :

 

Hydrogène ------>hélium------>carbone  ----->acides aminés ---->protéines ---->cellules.

( Cf. M.I. NN., pp. 54-55 ).

 

A travers ces exemples, on voit que des déterminations et contraintes propres aux éléments matériels (forme cubique, constitution métallique, magnétisation différentielle ) peuvent constituer des principes d'ordre. Ces derniers se forment à partir d'interactions aléatoires, donc désordonnées, et sélectives, c'est-à-dire dépendant de certaines conditions et occurrences (ici les interactions magnétiques ). Un approvisionnement en énergie non directionnelle est indispensable pour que se produisent de nombreuses rencontre parmi lesquelles une minorité ad hoc établit les interactions sélectives, lesquelles deviendront organisationnelles.

 

Ainsi, ordre, désordre, organisation se co-produisent simultanément et réciproquement, sous l'effet des rencontres aléatoires, à partir des contraintes originelles. L'ordre et le désordre doivent être relationnés via les interactions pour que naissent des interrelations organisationnelles, lesquelles font ce que nous appelons l'organisation. Toute conception de l'organisation qui se passe de la notion d'interaction est dépassée, fausse, mutilante. C'est le message que nous communique Edgar Morin à travers sa méthode de complexité.

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